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  • : MJCF, Mouvement des Jeunes Communistes de France, JC seclin, Section du Pévèle Mélantois
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  • : Jc Seclin, Blog des Jeunes Communistes du pévèle et du mélantois. Construire la révolution, quotidiennement! Défendre le service public et gagner de nouveaux droits pour les Jeunes! La diversité dans l'unité ! La réflexion dans l'action ! Pour lutter, pour s'organiser, pour défendre un partage des richesses, des pouvoirs et des savoirs : Rejoins la JC !
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Matériel Militant

ARCHIVES DE L UNION DE VILLES
Voici désormais en ligne, en libre accès pour nos lecteurs, l'ensemble du matériel militant utilisé depuis la rentrée de septembre 2007.

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Radio Révolution

8 novembre 2007 4 08 /11 /novembre /2007 23:21
Manifestation étudiante du 8 novembre
contrairement aux annonces du gouvernement,
la pression monte !

Depuis quelques semaines, la pression monte dans les facultés contre la LRU.
L'argument du gouvernement selon lequel nous serions que des gauchistes isolés ne tiendra pas longtemps. Les étudiants en lutte sont des gens responsables qui prennent en main leur avenir et l'avenir du service public d'enseignement supérieur. En revanche, nous ne réfutons pas les déclarations de Valérie Pécresse : Le mouvement n'est ni sportif, ni people, ni scientifique, ni architectural, ni sexuel :
IL EST BEL ET BIEN POLITIQUE !

Après le blocage de plusieurs universités en France (dont celle de Lille III et de Lille I) les Assemblée Générale sont partout de plus en plus massives. La contestation gagne du terrain!

La manifestation étudiante de cet après midi à rassemblée plus d'un millier d'étudiants dans les rues de lille. Devant l'ampleur de l'attaque, les étudiants sont bien décidé à riposter !

Voici quelques photos et vidéos de la manifestation de cette après midi.


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8 novembre 2007 4 08 /11 /novembre /2007 23:06
 
Les Communistes russes célèbrent les 90 ans de la Révolution d'Octobre   

C'est avec une pompe toute particulière que les communistes russes (KPRF) ont commémoré mercredi les 90 ans de la Révolution d'Octobre 1917

Les Communistes russes célèbrent les 90 ans de la Révolution d'Octobre
 

C'est donc pleine d'énergie que plus de 50.000 personnes ont défilé sous une gigantesque banderole rouge où l'on pouvait lire "Longue vie à la révolution socialiste" et sous les drapeaux frappés de la faucille et du marteau, dans les rues du centre de Moscou. "Victoire! Patrie! Socialisme!", scandaient les manifestants avant d'entonner des hymnes soviétiques.


"Il y a trop d'oligarques et trop de pauvres aujourd'hui", déplorait Valentina Korablïova, une des manifestantes. Piotr Matveïev (19 ans) espérait "établir un véritable gouvernement populaire". La jeunesse russe s'est déplacée en nombre contrairement aux affabulations des médias pro-Krémlin.


Mardi des dirigeants communistes de dizaines de pays étaient arrivés à Moscou, allant déposer des couronnes de fleurs au Mausolée de Lénine, avant une cérémonie dans la soirée. Mais on est bien loin du faste et des parades militaires grandioses sur la Place Rouge, avec lesquelles l'URSS d'antant fêtait le 7 novembre. Depuis l'implosion de l'URSS, les communistes ont continué à marquer cette date par des manifestations anti-gouvernementales.

La déléguation italienne du Partito Dei Comunisti Italiani

83 partis communistes et ouvriers étaient présent, dont le Partito Dei Comunisti Italiani, menés par son secrétaire général Oliviero Diliberto (qui ont chanté Bandera Rossa avant de lancer l'Internationale avec leurs camarades russes), Plus de 30 parlementaires européens et 14 représentants de gouvernements se sont joint au flot des manifestants.


Nicolas Maury


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7 novembre 2007 3 07 /11 /novembre /2007 22:53

Fac bloquée = fac mobilisée !

Depuis le 6 novembre, la faculté de Lille III est officiellement bloquée et en lutte !
La suspension temporaire des cours nous permet désormais de nous mobiliser.
Venez nous retrouver quotidiennement pour des réunions d'informations et pour la construction du mouvement.


Lille III n'est pas une faculté isolée.
Les AG sont de plus en plus massives, certaines facultés se mettent en grève : partout en France, le mouvement s'amplifie..

La journée du jeudi 8 novembre sera une journée nationale de mobilisation contre la LRU.
Rendez vous à Lille III pour la préparation du cortège étudiant, et à 14h30 porte de Paris pour le début de la manifestation !
JC Seclin, Templemars, Vendeville,Wattignies, Haubourdin, Emmerin, Houplin-Ancoisne,Santes, Wavrin, Don, Allenes les Marais, Carnin, Annoeullin, Bauvin, Provin, Gondecourt,Avelin, Martinsart, Attiches, Phalempin, Tourmignies, Pont-à-Marcq, Mérignies, La Neuville, Wahagnies, Libercourt, Oignies, Ostricourt, Moncheaux, Raimbeaucourt, Leforest, Faumont, Mons-en-pévèle, Thumeries,
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7 novembre 2007 3 07 /11 /novembre /2007 22:27
Lille III bloquée : la lutte s'intensifie !

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Cet été le gouvernement a fait passer, sans concertation avec les acteurs de la communauté universitaire, la loi relative aux responsabilités et libertés des universités, dite « LRU ». Ce projet met à mal la vision de l'éducation gratuite et publique que nous défendons. En effet, le désengagement financier de l'état prévu dans cette loi va contraindre les universités à aller chercher des fonds dans le privé ou, à défaut, dans la poche des étudiants. Nous craignons donc une augmentation des frais d 'inscription rapide comme c'est déjà le cas dans d'autres pays européens, ainsi qu'une soumission de la politique de l'université au bon vouloir du patronat.

La LRU c'est :

- Une loi qui place l’université au service des besoins du marché : les entreprises privées qui financeront les universités pourront orienter les formations afin d'avoir à disposition une main d'oeuvre servile. Les filières les moins rentables (sciences humaines...) sont en danger au profit d'une professionnalisation accrue.

- Une loi qui affaiblit la démocratie universitaire : le Conseil d'administration sera remodelé afin de laisser plus de pouvoir au président de l'université qui pourra gérer son université de façon manageriale. Les personnalités extérieures et le Medef auront un pouvoir de décision accrue alors que celui des représentants étudiants, des personnels, et des professeurs va régresser.
- Une loi qui organise la casse de la fonction publique : c'est la porte ouverte à la privatisation future de l'enseignement supérieur. La concurrence entre universités va créer une éducation à deux vitesses, quelques facs élitistes seront dotées de moyens contre une majorité de « facs poubelle » qui en seront dépourvus.
 
Devant la gravité de cette attaque, les étudiants de l'université de lille III ont décidé d'amplifier la lutte débutée il y a quelques semaines en bloquant l'université.

Pourquoi le blocage ?

Réuni en Assemblée générale le mardi 6 novembre 2007 à plus de 1 000 personnes, les étudiants, profs, et personnels ont voté en majorité pour le blocage immédiat de la faculté.

L'intérêt du blocage est de pouvoir libérer les étudiants de leurs obligations scolaires afin de permettre une plus large information et la possibilité de s'investir dans la lutte.

Cependant, nous pensons que le blocage actuel est un peu prématuré. Nous respectons malgré tout la décision prise par l'assemblée générale souveraine et nous mettrons nos forces dans la bataille dès aujourd'hui dans le but de faire reculer la droite et le patronat comme nous l'avons fait pendant le mouvement anti CPE. Les étudiants communistes s'engagent à être présents aux cotés des étudiants pour s'assurer que les cours manqués soient rattrapés.
 

Perspectives d'actions

Face à cette attaque en règle contre l’université publique, il n’y a rien à négocier. Il faut repousser en bloc le projet du gouvernement Fillon.

Dans le même temps, la lutte contre la « réforme » des universités doit s’inscrire dans une mobilisation générale de la jeunesse et des travailleurs contre la régression sociale que le gouvernement Sarkozy veut imposer à la grande majorité de la population. L’unité d’action des étudiants et des salariés est le seul gage solide de victoire. A l’époque du CPE, la magnifique mobilisation des étudiants n’avait fait reculer de Villepin et Chirac que parce que ces derniers craignaient l’entrée en action de la masse des travailleurs.

Nous voyons donc la nécessité d'une convergence des luttes dès maintenant pour contrer l'offensive du patronat. La lutte des sans papiers de cet été, celle des cheminots, des salariés d'EDF-GDF, des personnels hospitaliers, comme la notre, s'attaquent tous à une même logique : celle que veut nous imposer la minorité de parasites qui détiennent les grands secteurs de l'économie et précarisent la majorité d'entre nous. Ce que nous propose la droite, c'est un bond en arrière et le retour sur les acquis sociaux gagnés par les grandes luttes des générations précédentes: Front populaire, CNR (conseil national de la résistance), mai 1968...

Dans cette optique, nous appellons l'ensemble de la communauté universitaire mobilisé contre la LRU à venir battre le pavé aux coté des salariés.

 

Rendez-vous le 20 novembre,

14 h 30 Porte de Paris


Après la défense : construire notre avenir.

L'union des étudiants communistes travaille actuellement , au plus près des étudiants, à la rédaction d'une loi pour la réussite dans l'enseignement supérieur. Cette loi prendrait en compte les différents aspects de la vie étudiante et pourrait y répondre par des proposition concrètes.logoloijn1.gif

Nos propositions :

une allocation d'autonomie pour sortir les jeunes de la précarité et garantir, par de nouveaux services publics l'accès à la santé et au logement.

- Une université 100% publique et gratuite avec suppression des frais d'inscription.

- Un grand service public du logement.

- Recruter massivement des enseignants chercheurs sur statut de la fonction publique ainsi que du personnel technique et administratif.

- Doubler le budget de fonctionnement par ét udiant pour permettre aux universités d'assurer leurs missions de formation et d'engager un vaste plan de rénovation, de construction et d'équipement des universités

- Etendre le pouvoir du CNRS et donner de réels moyens financier aux laboratoires de recherche afin de développer une recherche nationale répondant à l'intérêt général et non à des intérêts privés à courte vue.JC Seclin, Templemars, Vendeville,Wattignies, Haubourdin, Emmerin, Houplin-Ancoisne,Santes, Wavrin, Don, Allenes les Marais, Carnin, Annoeullin, Bauvin, Provin, Gondecourt,Avelin, Martinsart, Attiches, Phalempin, Tourmignies, Pont-à-Marcq, Mérignies, La Neuville, Wahagnies, Libercourt, Oignies, Ostricourt, Moncheaux,Raimbeaucourt, Leforest, Faumont, Mons-en-pévèle, Thumeries,

 

 

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7 novembre 2007 3 07 /11 /novembre /2007 22:14
Discours de Trotsky sur la révolution d’Octobre

 

 Il y a exactement 90 ans, le 7 novembre 1917, les Soviets prenaient le pouvoir, en Russie, sous la direction du Parti Bolchevik. Le 7 novembre 1932, à l’occasion de son 15e anniversaire, Trotsky fit une conférence sur la révolution d’Octobre, au Danemark, à l’invitation d’une association d’étudiants social-démocrates danois. Trotsky prit la parole en allemand, au stadium de Copenhague, devant 2500 personnes. Le gouvernement danois avait interdit la radiodiffusion de la conférence, invoquant des objections du roi et de la cour…


Trotsky expliqua brillamment les causes fondamentales de la révolution russe et de sa victoire. Il exhorta la jeunesse à saisir le drapeau d’Octobre 1917 et à lutter pour le socialisme mondial. Ce fut le dernier discours public du révolutionnaire russe.

Chers auditeurs,

Permettez-moi dès le début d’exprimer le regret sincère de ne pas avoir la possibilité de parler en langue danoise devant un auditoire de Copenhague. Ne nous demandons pas si les auditeurs ont quelque chose à y perdre. En ce qui concerne le conférencier, l’ignorance de la langue danoise lui dérobe toutefois la possibilité de suivre la vie scandinave et la littérature scandinave directement, de première main et dans l’original. Et cela est une grande perte !

La langue allemande à laquelle je suis contraint de recourir ici est puissante et riche. Mais ma « langue allemande » est assez limitée. Du reste, sur des questions compliquées on ne peut s’expliquer avec la liberté nécessaire que dans sa propre langue. Je dois par conséquent demander par avance l’indulgence de l’auditoire.

Je fus pour la première fois à Copenhague au Congrès socialiste international et j’emportais avec moi les meilleurs souvenirs de votre ville. Mais cela remonte à près d’un quart de siècle. Dans le Ore-Sund et dans les fiords, l’eau a depuis plusieurs fois changé. Mais pas l’eau seulement. La guerre a brisé la colonne vertébrale du vieux continent européen. Les fleuves et les mers de l’Europe ont charrié avec eux beaucoup de sang humain. L’humanité, en particulier sa partie européenne, est passée à travers de dures épreuves ; elle est devenus plus sombre et plus rude. Toutes les formes de lutte sont devenues plus âpres. Le monde est entré dans une époque de grands changements. Ses extériorisations extrêmes sont la guerre et la révolution.

Avant de passer au thème de ma conférence – la révolution russe –, j’estime devoir exprimer mes remerciements aux organisateurs de la réunion, l’Association de Copenhague des étudiants sociaux-démocrates. Je le fais en tant qu’adversaire politique. Il est vrai que ma conférence poursuit des tâches scientifiques-historiques et non des tâches politiques. Je le souligne aussitôt dès le début. Mais il est impossible de parler d’une révolution d’où est sortie la République des Soviets sans occuper une position politique. En ma qualité de conférencier, mon drapeau reste le même que celui sous lequel j’ai participé aux événements révolutionnaires.

Jusqu’à la guerre, le Parti Bolchevik appartint à la social-démocratie internationale. Le 4 août 1914, le vote de la social-démocratie allemande en faveur des crédits de guerre a mis fin une fois pour toutes à ce lien et a conduit à l’ère de la lutte incessante et intransigeante du bolchevisme contre la social-démocratie. Cela doit-il signifier que les organisateurs de cette réunion commirent une erreur en m’invitant, comme conférencier ? Là-dessus, l’auditoire sera en état de juger seulement après ma conférence. Pour justifier mon acceptation de l’invitation aimable à faire un exposé sur la révolution russe, je me permets de rappeler que pendant les 35 années de ma vie politique, le thème de la révolution russe constitua l’axe pratique et théorique de mes préoccupations et de mes actions. Peut-être cela me donne-t-il un certain droit d’espérer que je réussirai à aider non seulement mes amis et sympathisants mais aussi des adversaires, du moins en partie, à mieux saisir maints traits de la révolution qui jusqu’à aujourd’hui échappaient à leur attention. Toutefois, le but de ma conférence est d’aider à comprendre. Je ne me propose pas ici de propager la révolution ni d’appeler à la révolution ; je veux l’expliquer.

La révolution signifie un changement de régime social. Elle transmet le pouvoir des mains d’une classe qui s’est épuisée entre les mains d’une autre classe en ascension. L’insurrection constitue le moment le plus critique et le plus aigu dans la lutte des deux classes pour le pouvoir. Le soulèvement ne peut mener à la victoire réelle de la révolution et à l’érection d’un nouveau régime que dans le cas où il s’appuie sur une classe progressive qui est capable de rassembler autour d’elle la majorité écrasante du peuple.

A la différence des processus de la nature, la révolution est réalisée par des hommes et à travers des hommes. Mais dans la révolution aussi, les hommes agissent sous l’influence des conditions sociales qui ne sont pas librement choisies par eux, mais qui sont héritées du passé et qui leur montrent impérieusement la voie. C’est précisément à cause de cela, et rien qu’à cause de cela que la révolution a ses propres lois.

Mais la conscience humaine ne reflète pas passivement les conditions objectives. Elle a l’habitude de réagir activement sur celles-ci. A certains moments, cette réaction acquiert un caractère de masse, tendu, passionné. Les barrières du droit et du pouvoir sont renversées. Précisément, l’intervention active des masses dans les événements constitue l’élément le plus essentiel de la révolution.

Mais même l’activité la plus fougueuse peut rester au niveau d’une rébellion, sans s’élever à la hauteur de la révolution. Le soulèvement des masses doit mener au renversement de la domination d’une classe et à l’établissement de la domination d’une autre. C’est alors seulement que nous avons une révolution achevée. Le soulèvement des masses n’est pas une entreprise isolée que l’on peut déclencher à son gré. Il représente un élément objectivement conditionné dans le développement de la société. Mais l’existence des conditions du soulèvement ne signifie pas qu’on doit attendre passivement, la bouche ouverte. Dans les affaires humaines aussi, il y a, comme le disait Shakespeare, des flux et des reflux : « There is a tide in the affairs of men which, taken at the flood, leads on to fortune ».

Pour balayer le régime qui se survit, la classe progressive doit comprendre que son heure a sonné, et se poser pour tâche la conquête du pouvoir. Ici s’ouvre le champ de l’action révolutionnaire consciente où la prévoyance et le calcul s’unissent à la volonté et la hardiesse. Autrement dit : ici s’ouvre le champ d’action du parti.

Un coup d’Etat ?

Le parti révolutionnaire unit en lui le meilleur de la classe progressive. Sans un parti capable de s’orienter dans les circonstances, d’apprécier la marche et le rythme des événements et de conquérir à temps la confiance des masses, la victoire de la révolution prolétarienne est impossible. Tel est le rapport des facteurs objectifs et des facteurs subjectifs de la révolution et de l’insurrection.

Comme vous le savez, dans des discussions, les adversaires – en particulier dans la théologie – ont l’habitude de discréditer fréquemment la vérité scientifique en la poussant à l’absurde. Cette vérité s’appelle même en logique : « réduction ad absurdum ». Nous allons tenter de suivre la voie opposée : c’est-à-dire que nous prendrons comme point de départ une absurdité afin de nous rapprocher plus sûrement de la vérité. En tout cas, on ne peut se plaindre d’un manque d’absurdités. Prenons-en une des plus fraîches et des plus crues.

L’écrivain italien Malaparte, quelque chose comme un théoricien fasciste – il en existe aussi –, a récemment lancé un livre sur la technique du coup d’Etat. L’auteur consacre bien entendu un nombre de pages non négligeables de son « investigation » à l’insurrection d’Octobre.

A la différence de la « stratégie » de Lénine, qui reste liée aux rapports sociaux et politiques de la Russie de 1917, « la tactique de Trotsky n’est – selon les termes de Malaparte – au contraire nullement liée aux conditions générales du pays ». Telle est l’idée principale de l’ouvrage ! Malaparte oblige Lénine et Trotsky, dans les pages de son livre, à conduire de nombreux dialogues, dans lesquels les interlocuteurs font tous les deux montre d’aussi peu de profondeur d’esprit que la nature en a mis à la disposition du Malaparte. Aux objections de Lénine sur les prémisses sociales et politiques de l’insurrection, Malaparte attribue à Trotsky la réponse littérale suivante : « Votre stratégie exige beaucoup trop de conditions favorables ; l’insurrection n’a besoin de rien, elle se suffit à elle-même ». Vous entendez ? « L’insurrection n’a besoin de rien ». Telle est précisément, chers auditeurs, l’absurdité qui doit nous servir à nous rapprocher de la vérité. L’auteur répète avec persistance qu’en octobre, ce n’est pas la stratégie de Lénine, mais la tactique de Trotsky qui a triomphé. Cette tactique menace, selon ses propres termes, encore maintenant, la tranquillité des Etats européens. « La stratégie de Lénine – je cite textuellement – ne constitue aucun danger immédiat pour les gouvernements de l’Europe. La tactique de Trotsky constitue pour eux un danger actuel et par conséquent permanent ». Plus concrètement : « Mettez Poincaré à la place de Kérensky et le coup d’Etat bolchevik d’octobre 1917 eut tout aussi bien réussi ». Il est difficile de croire qu’un tel livre soit traduit en diverses langues et accueilli sérieusement.

En vain chercherions-nous à approfondir pourquoi en général la stratégie de Lénine dépendant de conditions historiques est nécessaire, si la « tactique de Trotsky » permet de résoudre la même tâche dans toutes les situations. Et pourquoi les révolutions victorieuses sont-elles si rares si, pour leur réussite, il ne suffit que d’une paire de recettes techniques ?

Le dialogue entre Lénine et Trotsky présenté par l’écrivain fasciste est dans l’esprit comme dans la forme une invention inepte du commencement jusqu’à la fin. De telles inventions circulent beaucoup dans le monde. Par exemple, aujourd’hui, à Madrid, un livre est imprimé sous mon nom : La vida del Lenin (La vie de Lénine), pour lequel je suis aussi peu responsable que pour les recettes tactiques de Malaparte. L’hebdomadaire de Madrid Estampa présenta ce soit-disant livre de Trotsky sur Lénine en bonnes feuilles des chapitres entiers qui contiennent des outrages abominables contre la mémoire de l’homme que j’estimais et que j’estime incomparablement plus que quiconque parmi mes contemporains.

Mais abandonnons les faussaires à leur sort. Le vieux Wilhelm Liebknecht, le père du combattant et héros immortel Karl Liebknecht, aimait répéter : « l’homme politique révolutionnaire doit être pourvu d’une peau épaisse ». Le docteur Stockmann recommandait encore plus expressivement à celui qui se propose d’aller à l’encontre de l’opinion sociale de ne pas mettre de pantalons neufs

Nous enregistrons ces deux bons conseils, et nous passons à l’ordre du jour. Quelles questions la révolution d’octobre éveille-t-elle chez un homme qui réfléchit ?

1 - Pourquoi et comment cette révolution a-t-elle abouti ? Plus concrètement : pourquoi la révolution prolétarienne a-t-elle triomphé dans un des pays les plus arriérés d’Europe ?

2 - Qu’a apporté la révolution d’octobre ?

3 - A-t-elle fait ses preuves ?

Les causes d’Octobre

A la première question – sur les causes –, on peut déjà maintenant répondre d’une façon plus ou moins complète. J’ai tenté de le faire le plus explicitement dans mon Histoire de la révolution russe. Ici, je ne puis que formuler les conclusions les plus importantes.

Le fait que le prolétariat soit arrivé au pouvoir pour la première fois dans un pays aussi arriéré que l’ancienne Russie tsariste n’apparaît mystérieux qu’à première vue ; en réalité, cela est tout à fait logique. On pouvait le prévoir et on l’a prévu. Plus encore : sur la perspective de ce fait, les révolutionnaires marxistes édifièrent leur stratégie longtemps avant les événements décisifs.

L’explication première est la plus générale : la Russie est un pays arriéré mais elle n’est seulement qu’une partie de l’économie mondiale, qu’un élément du système capitaliste mondial. En ce sens, Lénine a résolu l’énigme de la révolution russe par la formule lapidaire : « la chaîne s’est rompue à son maillon le plus faible ».

Une illustration nette : la grande guerre, issue des contradictions de l’impérialisme mondial, entraîna dans son tourbillon des pays qui se trouvaient à des étapes différentes de développement, mais elle posa les mêmes exigences à tous les participants. Il est clair que les charges de la guerre devaient être particulièrement insupportables pour les pays les plus arriérés. La Russie fut la première contrainte à céder le terrain. Mais pour se détacher de la guerre, le peuple russe devait abattre les classes dirigeantes. Ainsi, la chaîne de la guerre se rompit à son plus faible chaînon.

Mais la guerre n’est pas une catastrophe venue du dehors comme un tremblement de terre. C’est, pour parler avec le vieux Clausewitz, la continuation de la politique par d’autres moyens.

Pendant la guerre, les tendances principales du système impérialiste du temps de « paix » ne firent que s’extérioriser plus crûment. Plus hautes sont les forces productives générales, plus tendue la concurrence mondiale, plus aigus les antagonismes, plus effrénée la course aux armements, et d’autant plus pénible est la situation pour les participants les plus faibles. C’est précisément pourquoi les pays arriérés occupent les premières places dans la série des écroulements. La chaîne du capitalisme mondial a toujours tendance à se rompre au chaînon le plus faible.

Si, à la suite de quelques conditions extraordinaires ou extraordinairement défavorables (par exemple, une intervention militaire victorieuse de l’extérieur ou des fautes irréparables du gouvernement soviétique lui-même), le capitalisme russe était rétabli sur l’immense territoire soviétique, en même temps que lui serait aussi inévitablement rétablie son insuffisance historique, et lui même serait bientôt à nouveau la victime des mêmes contradictions qui le conduisirent en 1917 à l’explosion. Aucune recette tactique n’aurait pu donner la vie à la révolution d’Octobre si la Russie ne l’avait portée dans son corps. Le parti révolutionnaire ne peut finalement prétendre pour lui qu’au rôle d’accoucheur qui est obligé d’avoir recours à une opération césarienne.

On pourrait m’objecter : « vos considérations générales peuvent suffisamment expliquer pourquoi la vieille Russie – ce pays où le capitalisme arriéré reposant sur une paysannerie misérable était couronné par une noblesse parasitaire et une monarchie putréfiée – devait faire naufrage. Mais dans l’image de la chaîne et du plus faible maillon, il manque toujours encore la clé de l’énigme proprement dite : comment, dans un pays arriéré, la révolution socialiste pouvait-elle triompher ? Mais l’histoire connaît beaucoup d’exemples de décadence de pays et de cultures, avec l’écroulement simultané des vieilles classes, où il ne s’est trouvé aucune relève progressive. L’écroulement de la vieille Russie aurait dû à première vue transformer le pays en une colonie capitaliste plutôt qu’en un Etat socialiste. »

Cette objection est très intéressante. Elle nous mène directement au cœur de tout le problème. Et cependant cette objection est viciée, je dirais dépourvue de proportion interne. D’une part, elle provient d’une conception exagérée en ce qui concerne le retard de la Russie ; d’autre part d’une fausse conception théorique en ce qui concerne le phénomène du retard historique en général.

Les êtres vivants, entre autres, les hommes naturellement aussi, traversent suivant leur âge des stades de développement semblables. Chez un enfant normal de 5 ans, on trouve une certaine correspondance entre le poids, le tour de taille et les organes internes. Mais il en est déjà autrement avec la conscience humaine. A la différence de l’anatomie et de la physiologie, la psychologie, celle de l’individu comme celle de la collectivité, se distingue par l’extraordinaire capacité d’assimilation, la souplesse et l’élasticité : en cela même consiste aussi l’avantage aristocratique de l’homme sur sa parenté zoologique la plus proche de l’espèce des singes. La conscience, souple et susceptible d’assimiler, confère comme condition nécessaire du progrès historique aux « organismes » dits sociaux, à la différence des organismes réels, c’est-à-dire biologiques, une extraordinaire variabilité de la structure interne. Dans le développement des nations et des Etats, des Etats capitalistes en particulier, il n’y a ni similitude, ni uniformité. Différents degrés de culture, et même leurs pôles se rapprochent et se combinent assez souvent dans la vie d’un seul et même pays.

N’oublions pas, chers auditeurs, que le retard historique est une notion relative. S’il y a des pays arriérés et avancés, il y a aussi une action réciproque entre eux. Il y a la pression des pays avancés sur les retardataires. Il y a la nécessité pour les pays arriérés de rejoindre les pays progressistes, de leur emprunter la technique, la science, etc. Ainsi surgit un type combiné du développement : des traits de retard s’accouplent au dernier mot de la technique mondiale et de la pensée mondiale. Enfin, les pays historiquement arriérés, pour surmonter leur retard, sont parfois contraints de dépasser les autres.

Dans certaines conditions, la souplesse de la conscience collective donne la possibilité d’atteindre sur l’arène sociale le résultat que l’on appelle, dans la psychologie individuelle, la « compensation ». Dans ce sens, on peut dire que la révolution d’Octobre fut pour les peuples de Russie un moyen héroïque de surmonter leur propre infériorité économique et culturelle.

Mais passons sur ces généralisations historico-politiques, peut-être un peu trop abstraites, pour poser la même question sous une forme plus concrète, c’est-à-dire à travers les faits économiques vivants. Le retard de la Russie au XXe siècle s’exprime le plus clairement ainsi : l’industrie occupe dans le pays une place minime en comparaison du village, le prolétariat en comparaison de la paysannerie. Dans l’ensemble, cela signifie une basse productivité du travail national. Il suffit de dire qu’à la veille de la guerre, lorsque la Russie tsariste avait atteint le sommet de sa prospérité, le revenu national était 8 à 10 fois plus bas qu’aux Etats-Unis. Cela exprime numériquement « l’amplitude » du retard, si l’on peut en général se servir du mot amplitude en ce qui concerne le retard.

En même temps, la loi du développement combiné s’exprime dans le domaine économique à chaque pas dans les phénomènes simples comme dans les phénomènes complexes. Presque sans routes nationales, la Russie se vit obligée de construire des chemins de fer. Sans être passée par l’artisanat européen et la manufacture, la Russie passa directement aux entreprises mécaniques. Sauter les étapes intermédiaires, tel est le sort des pays arriérés.

Tandis que l’économie paysanne restait fréquemment au niveau du XVIIe siècle, l’industrie de la Russie, si ce n’est par sa capacité du moins par son type, se trouvait au niveau des pays avancés et dépassait ceux-ci sous maints rapports. Il suffit de dire que les entreprises géantes de plus de mille ouvriers occupaient aux Etats-Unis moins de 18% du total des ouvriers industriels, contre plus de 41% en Russie. Ce fait se laisse mal concilier avec la conception banale du retard économique de la Russie. Toutefois, il ne contredit pas le retard : il le complète dialectiquement.

La structure de classe du pays portait aussi le même caractère contradictoire. Le capital financier de l’Europe industrialisa l’économie russe à un rythme accéléré. La bourgeoisie industrielle acquit aussitôt un caractère de grand capitalisme, ennemi du peuple. De plus, les actionnaires étrangers vivaient hors du pays. Par contre, les ouvriers étaient bien entendu des Russes. Une bourgeoisie russe numériquement faible qui n’avait aucune racine nationale se trouvait de cette manière opposée à un prolétariat relativement fort, avec de puissantes et profondes racines dans le peuple

Au caractère révolutionnaire du prolétariat contribua le fait que la Russie, précisément comme pays arriéré obligé de rejoindre les adversaires, n’était pas arrivée à élaborer un conservatisme social ou politique propre. Comme pays le plus conservateur de l’Europe, et même du monde entier, le plus ancien pays capitaliste, l’Angleterre, me donne raison. Le pays d’Europe le plus libéré du conservatisme pouvait bien être la Russie.

Le prolétariat russe, jeune, frais, résolu, ne constituait cependant toujours qu’une infime minorité de la nation. Les réserves de sa puissance révolutionnaire se trouvaient en dehors du prolétariat même : dans la paysannerie, vivant dans un semi-servage, et dans les nationalités opprimées.

La paysannerie

La question agraire constituait la base de la révolution. L’ancien servage étatique-monarchique était doublement insupportable dans les conditions de la nouvelle exploitation capitaliste. La communauté agraire occupait environ 140 millions de déciatines. A trente milles gros propriétaires fonciers dont chacun possédait en moyenne plus de 2000 déciatines revenaient un total de 70 millions de déciatines, c’est-à-dire autant qu’à environ 10 millions de familles paysannes, ou 50 millions d’êtres formant la population agraire. Cette statistique de la terre constituait un programme achevé du soulèvement paysan.

Un noble, Boborkin, écrivit en 1917 au Chambellan Rodzianko, le président de la dernière Douma d’Etat : « Je suis un propriétaire foncier et il ne me vient pas à l’idée que je doive perdre ma terre, et encore pour un but incroyable, pour expérimenter l’enseignement socialiste ». Mais les révolutions ont précisément pour tâche d’accomplir ce qui ne pénètre pas dans les classes dominantes.

A l’automne 1917, presque tout le pays était atteint par le soulèvement paysan. Sur 621 districts de la vieille Russie, 482 – c’est-à-dire 77% – étaient touchés par le mouvement. Le reflet de l’incendie du village illuminait l’arène du soulèvement dans les villes.

Mais la guerre paysanne contre les propriétaires fonciers, allez-vous m’objecter, est un des éléments classiques de la révolution bourgeoise, et pas du tout de la révolution prolétarienne !

Je réponds : tout à fait juste, il en fut ainsi dans le passé ! Mais c’est précisément l’impuissance de vie de la société capitaliste dans un pays historiquement arriéré qui s’exprime en cela même que le soulèvement paysan ne pousse pas en avant les classes bourgeoises de la Russie, mais au contraire les rejette définitivement dans le camp de la réaction. Si la paysannerie ne voulait pas sombrer, il ne lui restait rien d’autre que l’alliance avec le prolétariat industriel. Cette jonction révolutionnaire des deux classes opprimées, Lénine la prévit génialement, et la prépara de longue main.

Si la question agraire avait été résolue courageusement par la bourgeoisie, alors, assurément le prolétariat russe n’aurait nullement pu arriver au pouvoir en 1917. Venue trop tard, tombée précocement en décrépitude, la bourgeoisie russe, cupide et lâche, n’osa cependant pas lever la main contre la propriété féodale. Ainsi, elle remit le pouvoir au prolétariat, et en même temps le droit de disposer du sort de la société bourgeoise.

Afin que l’Etat soviétique se réalise, l’action combinée de deux facteurs de nature historique différente était par conséquent nécessaire : la guerre paysanne, c’est-à-dire un mouvement qui est caractéristique de l’aurore du développement bourgeois, et le soulèvement prolétarien qui annonce le déclin du mouvement bourgeois. En cela même réside le caractère combiné de la Révolution russe.

Qu’il se dresse une fois sur ses pattes de derrière et l’ours paysan devient redoutable dans son emportement. Cependant, il n’est pas en état de donner à son indignation une expression consciente. Il a besoin d’un dirigeant. Pour la première fois dans l’histoire du monde, la paysannerie insurgée a trouvé dans la personne du prolétariat un dirigeant loyal.

4 millions d’ouvriers de l’industrie et des transports dirigeant 100 millions de paysans. Tel fut le rapport naturel et inévitable entre le prolétariat et la paysannerie dans la révolution.

La question nationale

La seconde réserve révolutionnaire du prolétariat était constituée par les nations opprimées, d’ailleurs également à composition paysanne prédominante. Le caractère extensif du développement de l’Etat, qui s’étend comme une tâche de graisse du centre moscovite jusqu’à la périphérie, est étroitement lié au retard historique du pays. A l’Est, il subordonne les populations encore plus arriérées pour mieux étouffer, en s’appuyant sur elles, les nationalités plus développées de l’Ouest. Aux 70 millions de Grands-Russes qui constituaient la masse principale de la population, s’adjoignaient successivement 90 millions d’« allogènes ».

Ainsi se composait l’empire dans la composition duquel la nation dominante ne constituait que 43% de la population, tandis que les autres 57% relevaient de nationalité, de culture et de régime différents. La pression nationale était en Russie incomparablement plus brutale que dans les Etats voisins, et à vrai dire non seulement de ceux qui étaient de l’autre côté de la frontière occidentale, mais aussi de la frontière orientale. Cela conférait au problème national une force explosive énorme.

La bourgeoisie libérale russe ne voulait, ni dans la question nationale, ni dans la question agraire, aller au-delà de certaines atténuations du régime d’oppression et de violence. Les gouvernements « démocratiques » de Milioukov et de Kérensky, qui reflétaient les intérêts de la bourgeoisie et de la bureaucratie grand-russe, se hâtèrent au cours des huit mois de leur existence précisément de le faire comprendre aux nations mécontentes : vous n’obtiendrez que ce que vous arracherez par la force.

Lénine avait très tôt pris en considération l’inévitabilité du développement centrifuge du mouvement national. Le Parti Bolchevik lutta opiniâtrement, pendant des années, pour le droit d’autodétermination des nations, c’est-à-dire pour le droit à la complète séparation étatique. Ce n’est que par cette courageuse position dans la question nationale que le prolétariat russe put gagner peu à peu la confiance des populations opprimées. Le mouvement de libération nationale, comme aussi le mouvement paysan, se tournèrent forcément contre la démocratie officielle, fortifièrent le prolétariat, et se jetèrent dans le lit de l’insurrection d’Octobre.

La révolution permanente

 

Ainsi se dévoile peu à peu devant nous l’énigme de l’insurrection prolétarienne dans un pays historiquement arriéré.

Longtemps avant les événements, les révolutionnaires marxistes ont prévu la marche de la révolution et le rôle historique du jeune prolétariat russe. Peut-être me permettra-t-on de donner ici un extrait de mon propre ouvrage sur l’année 1905, Bilan et Perspectives :

« Dans un pays économiquement plus arriéré, le prolétariat peut arriver plus tôt au pouvoir que dans un pays capitaliste progressif...

« La révolution russe crée... des conditions dans lesquelles le pouvoir peut passer (avec la victoire de la révolution, doit passer) au prolétariat même avant que la politique du libéralisme bourgeois ait eu la possibilité de déployer dans toute son ampleur son génie étatique.

« Le sort des intérêts révolutionnaires les plus élémentaires de la paysannerie... se noue au sort de la révolution, c’est-à-dire au sort du prolétariat. Le prolétariat arrivant au pouvoir apparaîtra à la paysannerie comme le libérateur de classe.

« Le prolétariat entre au gouvernement comme un représentant révolutionnaire de la nation, comme dirigeant reconnu du peuple en lutte contre l’absolutisme et la barbarie du servage...

« Le régime prolétarien devra dès le début se prononcer pour la solution de la question agraire à laquelle est liée la question du sort de puissantes masses populaires de la Russie. »

Je me suis permis d’apporter cette citation pour témoigner que la théorie de la révolution d’Octobre présentée aujourd’hui par moi n’est pas une improvisation rapide et ne fut pas construite après coup sous la pression des événements. Non, elle fut émise sous la forme d’un pronostic politique longtemps avant l’insurrection d’Octobre. Vous serez d’accord que la théorie n’a de valeur en général que dans la mesure où elle aide à prévoir le cours du développement et à l’influencer vers ses buts. En cela même consiste, pour parler de façon générale, l’importance inestimable du marxisme comme arme d’orientation sociale et historique. Je regrette que le cadre étroit de l’exposé ne me permette pas d’étendre la citation précédente d’une façon plus large, c’est pourquoi je me contente d’un court résumé de tout l’écrit de l’année 1905.

D’après ses tâches immédiates, la révolution russe est une révolution bourgeoise. Mais la bourgeoisie russe est anti-révolutionnaire. Par conséquent, la victoire de la révolution n’est possible que comme victoire du prolétariat. Or, le prolétariat victorieux ne s’arrêtera pas au programme de la démocratie bourgeoise ; il passera au programme du socialisme. La révolution russe deviendra la première étape de la révolution socialiste mondiale.

Telle était la théorie de la révolution permanente, édifiée par moi en 1905 et depuis exposée à la critique la plus acerbe sous le nom de « trotskysme ».

Pour mieux dire, ce n’est qu’une partie de cette théorie. L’autre, maintenant particulièrement d’actualité, réside dans l’idée suivante : les forces productives actuelles ont depuis longtemps dépassé les barrières nationales. La société socialiste est irréalisable dans les limites nationales. Si importants que puissent être les succès économiques d’un Etat ouvrier isolé, le programme du « socialisme dans un seul pays » est une utopie petite-bourgeoise. Seule une Fédération européenne, et ensuite mondiale, de républiques socialistes, peut ouvrir la voie a une société socialiste harmonieuse.

Aujourd’hui, après l’épreuve des événements, je vois moins de raison que jamais de me dédire de cette théorie.

Le bolchevisme

Après tout ce qui vient d’être dit, est-il encore la peine de se souvenir de l’écrivain fasciste Malaparte, qui m’attribue une tactique indépendante de la stratégie et découlant de recettes insurrectionnelles techniques qui seraient applicables toujours et sous tous les méridiens ? Il est du moins bon que le nom du malheureux théoricien du coup d’Etat permette de le distinguer sans peine du praticien victorieux du coup d’Etat : personne ne risque ainsi de confondre Malaparte avec Bonaparte.

Sans le soulèvement armé du 7 novembre 1917, l’Etat soviétique n’existerait pas. Mais le soulèvement même n’était pas tombé du ciel. Pour la révolution d’Octobre, une série de prémisses historiques était nécessaire :

1 - La pourriture des anciennes classes dominantes, de la noblesse, de la monarchie, de la bureaucratie. 2 - La faiblesse politique de la bourgeoisie, qui n’avait aucune racine dans les masses populaires. 3 - Le caractère révolutionnaire de la question agraire. 4 - Le caractère révolutionnaire du problème des nationalités opprimées. 5 - Le poids social imposant du prolétariat.

A ces prémisses organiques, on doit ajouter des conditions conjoncturelles hautement importantes :

6 - La révolution de 1905 fut la grande école, ou, selon l’expression de Lénine, la « répétition générale » de la révolution de 1917. Les Soviets, comme forme d’organisation irremplaçable du front unique prolétarien dans la révolution, furent constitués pour la première fois en 1905. 7 - La guerre impérialiste aiguisa toutes les contradictions, arracha les masses arriérées à leur état d’immobilité, et prépara ainsi le caractère grandiose de la catastrophe.

Mais toutes ces conditions, qui suffisaient complètement pour que la révolution éclate, étaient insuffisantes pour assurer la victoire du prolétariat dans la révolution. Pour cette victoire, une condition était encore nécessaire :

8 - Le Parti Bolchevik.

Si je cite cette condition comme la dernière de la série, ce n’est que parce que cela correspond à la conséquence logique, et non pas parce que j’attribue au Parti la place la moins importante.

Non, je suis très éloigné de cette pensée. La bourgeoisie libérale, elle, peut s’emparer du pouvoir et l’a pris déjà plusieurs fois comme résultat de luttes auxquelles elle n’avait pas pris part : elle possède à cet effet des organes de préhension magnifiquement développés. Cependant, les masses laborieuses se trouvent dans une autre situation ; on les a habituées à donner et non à prendre. Elles travaillent, sont patientes aussi longtemps que possible, espèrent, perdent patience, se soulèvent, combattent, meurent, apportent la victoire aux autres, sont trompées, tombent dans le découragement, courbent à nouveau la nuque, travaillent à nouveau. Telle est l’histoire des masses populaires sous tous les régimes. Pour prendre fermement et sûrement le pouvoir dans ses mains, le prolétariat a besoin d’un parti qui dépasse de loin les autres partis en clarté de pensée et en détermination révolutionnaire.

Le Parti Bolchevik, que l’on désigna plus d’une fois et à juste titre comme le parti le plus révolutionnaire dans l’histoire de l’humanité, était la condensation vivante de la nouvelle histoire de la Russie, de tout ce qui était dynamique en elle. Depuis longtemps déjà, la chute de la monarchie était devenue la condition préalable du développement de l’économie et de la culture. Mais pour répondre à cette tâche, les forces manquaient. La bourgeoisie avait peur de la révolution. Les intellectuels tentèrent de dresser la paysannerie sur ses jambes. Incapable de généraliser ses propres peines et buts, le moujik laissa cette exhortation sans réponse. L’intelligentsia s’arma de dynamite. Toute une génération se consuma dans cette lutte

Le 1er mars 1887, Alexandre Oulianov exécuta le dernier des grands attentats terroristes. La tentative d’attentat contre Alexandre III échoua. Oulianov et les autres participants furent pendus. La tentative de remplacer la classe révolutionnaire par une préparation chimique avait fait naufrage. Même l’intelligentsia la plus héroïque n’est rien sans les masses. Sous l’impression immédiate de ces faits et de ses conclusions, grandit et se forma le plus jeune frère d’Oulianov, Vladimir, le futur Lénine, la plus grande figure de l’histoire russe. De bonne heure, dans sa jeunesse, il se plaça sur le terrain du marxisme et tourna le visage vers le prolétariat. Sans perdre des yeux un instant le village, il chercha le chemin vers la paysannerie à travers les ouvriers. En héritant de ses précurseurs révolutionnaires la résolution, la capacité de sacrifice, la disposition à aller jusqu’au bout, Lénine devint dans ses années de jeunesse l’éducateur de la nouvelle génération des intellectuels et des ouvriers avancés. Dans les luttes grévistes et de rues, dans les prisons et en déportation, les travailleurs acquirent la trempe nécessaire. Le projecteur du marxisme leur était nécessaire pour éclairer leur voie historique dans l’obscurité de l’autocratie.

En 1883 naquit dans l’émigration le premier groupe marxiste. En 1898, une assemblée clandestine proclama la création du parti social-démocrate ouvrier russe (nous nous appelions tous en ce temps sociaux-démocrates). En 1903 eut lieu la scission entre Bolcheviks et Mencheviks. En 1912, la fraction bolchevique devint définitivement un parti indépendant.

Il apprit à reconnaître la mécanique de classe de la société dans les luttes, dans de grandioses événements, pendant 12 ans (1905-1917). Il éduqua des cadres aptes à l’initiative comme à l’obéissance. La discipline de l’action révolutionnaire s’appuyait sur l’unité de la doctrine, les traditions des luttes communes et la confiance envers une direction éprouvée.

Tel était le parti en 1917. Tandis que l’« opinion publique » officielle et les tonnes de papier de la presse intellectuelle le mésestimaient, il s’orientait selon le mouvement des masses. Il tenait fermement le levier en main au-dessus des usines et des régiments. Les masses paysannes se tournaient toujours plus vers lui. Si l’on entend par nation non les sommets privilégiés, mais la majorité du peuple, c’est-à-dire les ouvriers et les paysans, alors le bolchevisme devint au cours de l’année 1917 le parti russe véritablement national.

En 1917, Lénine, contraint de se tenir caché, donna le signal : « La crise est mûre, l’heure du soulèvement approche ». Il avait raison. Les classes dominantes étaient tombées dans l’impasse en face des problèmes de la guerre et de la libération nationale. La bourgeoisie perdit définitivement la tête. Les partis démocratiques, les Mencheviks et les Socialistes-révolutionnaires, dissipèrent le dernier reste de leur confiance auprès des masses en soutenant la guerre impérialiste par la politique de compromis impuissants et de concessions aux propriétaires bourgeois et féodaux. L’armée réveillée ne voulait plus lutter pour les buts de l’impérialisme qui lui étaient étrangers. Sans faire attention aux conseils démocratiques, la paysannerie expulsa les propriétaires fonciers de leurs domaines. La périphérie nationale opprimée de l’Empire se dressa contre la bureaucratie pétersbourgeoise. Dans les conseils d’ouvriers et de soldats les plus importants, les bolcheviks dominaient. Les ouvriers et les soldats exigeaient des actes. L’abcès était mûr. Il fallait un coup de bistouri.

Le soulèvement ne fut possible que dans ces conditions sociales et politiques. Et il fut aussi inéluctable. Mais on ne peut plaisanter avec l’insurrection. Malheur au chirurgien qui manie négligemment le bistouri. L’insurrection est un art. Elle a ses lois et ses règles.

Le Parti réalisa l’insurrection d’Octobre avec un calcul froid et une résolution ardente. Grâce à cela, précisément, elle triompha presque sans victime. Par les Soviets victorieux, les bolcheviks se placèrent à la tête du pays qui englobe un sixième de la surface terrestre.

Il est à supposer que la majorité de mes auditeurs d’aujourd’hui ne s’occupaient encore nullement de politique, en 1917. Cela est d’autant mieux. La jeune génération a devant elle beaucoup de choses intéressantes, mais aussi des choses pas toujours faciles.

Mais les représentants des vieilles générations, dans cette salle, se rappelleront certainement très bien comment fut accueillie la prise du pouvoir par les Bolcheviks : comme une curiosité, un malentendu, un scandale, le plus souvent comme un cauchemar qui devait se dissiper au premier rayon de soleil. Les bolcheviks se maintiendraient 24 heures, une semaine, un mois, une année. Il fallait repousser les délais toujours plus... Les maîtres du monde entier s’armaient contre le premier Etat ouvrier : déclenchement de la guerre civile, nouvelles et nouvelles interventions, blocus. Ainsi passa une année après l’autre. L’histoire a eu à enregistrer, entre temps, quinze années d’existence du pouvoir soviétique.

Oui, dira quelque adversaire : l’aventure d’Octobre s’est montrée beaucoup plus solide que beaucoup d’entre nous le pensions. Peut-être ne fût-ce pas complètement une « aventure ». Néanmoins, la question conserve toute sa force : qu’a-t-on obtenu pour ce prix si élevé ? Peut-être a-t-on réalisé ces tâches si brillantes annoncées par les bolcheviks à la veille de l’insurrection ? Avant de répondre à l’adversaire supposé, observons que la question en elle-même n’est pas nouvelle. Au contraire, elle s’attache aux pas de la révolution d’Octobre depuis le jour de sa naissance.

Le journaliste français Claude Anet, qui séjournait à Petrograd pendant la révolution, écrivait déjà le 27 octobre 1917 : « Les maximalistes (c’est ainsi que les Français appelaient alors les bolcheviks) ont pris le pouvoir et le grand jour est arrivé. Enfin, me dis-je, je vais voir se réaliser l’Eden socialiste qu’on nous promet depuis tant d’années... Admirable aventure ! Position privilégiée ! », etc., etc., et ainsi de suite. Quelle haine sincère derrière ces salutations ironiques ! Dès le lendemain de la prise du Palais d’Hiver, le journaliste réactionnaire s’empressait d’annoncer ses prétentions à une carte d’entrée pour l’Eden. Quinze années se sont écoulées depuis l’insurrection. Avec un manque de cérémonie d’autant plus grand, les adversaires manifestent leur joie maligne qu’aujourd’hui encore le pays des Soviets ressemble très peu à un royaume de bien-être général. Pourquoi donc la révolution et pourquoi les victimes ?

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7 novembre 2007 3 07 /11 /novembre /2007 22:13
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Bilan d’Octobre

 

Chers auditeurs, je me permets de penser que les contradictions, les difficultés, les fautes et les insuffisances du régime soviétique ne me sont pas moins connues qu’à qui que ce soit. Personnellement, je ne les ai jamais dissimulées, ni en paroles ni en écrits. Je pensais et je pense que la politique révolutionnaire – à la différence de la politique conservatrice – ne peut être édifiée sur le camouflage. « Exprimer ce qui est » : ce doit être le principe le plus élevé de l’Etat ouvrier.

 

Mais il faut des perspectives dans la critique comme dans l’activité créatrice. Le subjectivisme est un mauvais aiguilleur, surtout dans les grandes questions. Les délais doivent être adaptés aux tâches et non aux caprices individuels. Quinze années ! Qu’est-ce pour une seule vie ? Pendant ce temps, nombreux sont ceux de notre génération qui furent enterrés. Chez les survivants, les cheveux gris se sont beaucoup multipliés. Mais ces mêmes quinze années, quelle période minime dans la vie d’un peuple ! Rien qu’une minute sur la montre de l’histoire.

 

Le capitalisme eut besoin de siècles pour s’affirmer dans la lutte contre le moyen-âge, pour élever la science et la technique, pour construire les chemins de fer, pour tendre des fils électriques. Et alors ? Alors, l’humanité fut jetée par le capitalisme dans l’enfer des guerres et des crises ! Mais au socialisme, ses adversaires, c’est-à-dire les partisans du capitalisme, n’accordent qu’une décade et demie pour instaurer sur terre le paradis avec tout le confort. Non, nous n’avons pas pris sur nous de telles obligations. Nous n’avons pas posé de tels délais. On doit mesurer les processus de grands changements sur une échelle qui leur soit adéquate. Je ne sais si la société socialiste ressemblera au paradis biblique. J’en doute fort. Mais dans l’Union Soviétique, il n’y a pas encore de socialisme. Un état de transition y domine, plein de contradictions, chargé du lourd héritage du passé, soumis à la pression ennemie des Etats capitalistes. La révolution d’Octobre a proclamé le principe de la nouvelle société. La République soviétique n’a montré que le premier stade de sa réalisation. La première lampe d’Edison fut très mauvaise. Sous les fautes et les erreurs de la première édification socialiste, on doit savoir discerner l’avenir.

 

Et les calamités qui s’abattent sur les êtres vivants ? Les résultats de la révolution justifient-ils les victimes causées par elle ? Question stérile et profondément rhétorique : comme si les processus de l’histoire relevaient d’un plan comptable ! Avec autant de raison, face aux difficultés et peines de l’existence humaine, on pourrait demander : cela vaut-il vraiment la peine d’être sur terre ? Lénine écrivit à ce propos : « Et le sot attend une réponse »... Les méditations mélancoliques n’ont pas interdit à l’homme d’engendrer et de naître. Même dans ces jours d’une crise mondiale sans exemple, les suicides constituent heureusement un pourcentage peu élevé. Mais les peuples n’ont pas l’habitude de chercher refuge dans le suicide. Ils cherchent l’issue aux fardeaux insupportables dans la révolution.

 

En outre, qui s’indigne au sujet des victimes de la révolution socialiste ? Le plus souvent, ce sont ceux qui ont préparé et glorifié les victimes de la guerre impérialiste ou du moins qui s’en sont très facilement accommodés. C’est notre tour de demander : la guerre s’est-elle justifiée ? Qu’a-t-elle donné ? Qu’a-t-elle enseigné ?

 

Dans ses 11 volumes de diffamation contre la Grande Révolution française, l’historien réactionnaire Hippolyte Taine décrit non sans une joie maligne les souffrances du peuple français dans les années de la dictature jacobine et celles qui la suivirent. Elles furent surtout pénibles pour les couches inférieures des villes, les plébéiens, qui, comme sans-culotte, donnèrent à la révolution la meilleure partie de leur âme. Eux ou leurs femmes passaient des nuits froides dans des queues pour retourner le lendemain les mains vides au foyer familial glacial. Dans la dixième année de la révolution, Paris était plus pauvre qu’avant son éclosion. Des faits soigneusement choisis, artificiellement compilés servent à Taine pour fonder son verdict destructeur contre la révolution. Voyez-vous, les plébéiens voulaient être des dictateurs et se sont jetés dans la misère.

 

Il est difficile d’imaginer un moraliste plus plat : premièrement, si la révolution avait jeté le pays dans la misère, la faute en retombait avant tout sur les classes dirigeantes qui avaient poussé le peuple à la révolution. Deuxièmement : la grande révolution française ne s’épuisa pas en queues de famine devant les boulangeries. Toute la France moderne, sous certains rapports toute la civilisation moderne sont sorties du bain de la révolution française !

 

Au cours de la guerre civile, aux Etats-Unis, pendant l’année 60 du siècle précédent, 50 000 hommes sont tombés. Ces victimes se justifient-elles ? Du point de vue des esclavagistes américains et des classes dominantes de Grande-Bretagne qui marchaient avec eux – non ! Du point de vue du nègre ou du travailleur britannique – complètement ! Et du point de vue général du développement de l’humanité – il ne peut aussi y avoir de doute. De la guerre civile de l’année 60 sont issus les Etats-Unis actuels, avec leur initiative pratique effrénée, la technique rationaliste, l’élan économique. Sur ces conquêtes de l’américanisme, l’humanité édifiera la nouvelle société.

 

La révolution d’Octobre a pénétré plus profondément que toutes celles qui la précédèrent dans le saint des saints de la société : dans les rapports de propriété. Des délais d’autant plus longs sont nécessaires pour que se manifestent les suites créatrices de la révolution dans tous les domaines de la vie. Mais l’orientation générale du bouleversement est maintenant déjà claire devant ses accusateurs capitalistes : la République soviétique n’a aucune raison de courber la tête et de parler le langage de l’excuse.

 

Pour apprécier le nouveau régime au point de vue du développement humain, on doit d’abord répondre à la question : en quoi s’extériorise le progrès social, et comment peut-il se mesurer ? Le critère le plus objectif, le plus profond et le plus indiscutable, c’est le progrès qui peut se mesurer par la croissance de la productivité du travail social. L’estimation de la révolution d’Octobre, sous cet angle, est déjà donnée par l’expérience. Pour la première fois dans l’histoire, le principe de l’organisation socialiste a montré sa capacité en fournissant des résultats de production jamais obtenus dans une courte période.

 

En chiffres d’index globaux, la courbe du développement industriel de la Russie s’exprime comme suit. Posons pour l’année 1913, la dernière année avant la guerre, le nombre 100. L’année 1920, le sommet de la guerre civile, est aussi le point le plus bas de l’industrie : 25 seulement, c’est-à-dire un quart de la production d’avant-guerre ; 1925, un accroissement jusqu’à 75, c’est-à-dire jusqu’aux trois-quarts de la production d’avant-guerre ; 1929, environ 200 ; 1932, l’indice est de 300, c’est-à-dire trois fois plus qu’à la veille de la guerre.

 

Le tableau devient encore plus clair à la lumière des index internationaux. De 1925 à 1932, la production industrielle de l’Allemagne a diminué d’environ une fois et demie ; en Amérique, environ du double ; en Union Soviétique, elle a plus que quadruplé. Les chiffres parlent d’eux-mêmes.

 

Je ne songe nullement à nier ou à dissimuler les côtés sombres de l’économie soviétique. Les résultats des index industriels sont extraordinairement influencés par le développement non favorable de l’économie agraire, c’est-à-dire du domaine qui ne s’est pas encore élevé aux méthodes socialistes, mais qui fut en même temps mené sur la voie de la collectivisation, sans préparation suffisante, plutôt bureaucratiquement que techniquement et économiquement. C’est une grande question qui, cependant, déborde les cadres de ma conférence.

 

Les chiffres des indices présentés appellent encore une réserve essentielle. Les succès indiscutables et brillants à leur façon de l’industrialisation soviétique exigent une vérification économique ultérieure du point de vue de l’harmonie réciproque des différents éléments de l’économie, de leur équilibre dynamique et, par conséquent, de leur capacité de rendement. De grandes difficultés et même des reculs sont encore inévitables. Le socialisme ne sort pas dans sa forme achevée du plan quinquennal, comme Minerve de la tête de Jupiter ou Vénus de l’écume de la mer. On est encore devant des décennies de travail opiniâtre, de fautes, d’amélioration et de reconstruction. En outre, n’oublions pas que l’édification socialiste, par essence, ne peut atteindre son achèvement que sur l’arène internationale. Mais même le bilan économique le plus défavorable des résultats obtenus jusqu’à présent ne pourrait révéler que l’inexactitude des données, les fautes du plan et les erreurs de la direction ; il ne pourrait contredire le fait établi empiriquement : la possibilité d’élever la productivité du travail collectif à une hauteur jamais existante à l’aide de méthodes socialistes. Cette conquête, d’une importance historique mondiale, personne et rien ne pourra nous la dérober.

 

Après ce qui vient d’être dit, à peine faut-il s’attarder sur les plaintes selon lesquelles la révolution d’Octobre a mené la Russie au déclin de la culture. Telle est la voix des classes dirigeantes et des salons inquiets. La « culture » aristocratico-bourgeoise renversée par la révolution prolétarienne n’était qu’une simili-parure de la barbarie. Pendant qu’elle restait inaccessible au peuple russe, elle n’apportait presque rien de neuf au trésor de l’humanité.

 

Par ailleurs, en ce qui concerne cette culture tant pleurée par l’émigration blanche, on doit poser la question : dans quel sens est-elle détruite ? Dans un seul sens : le monopole d’une petite minorité sur les biens de la culture est anéanti. Mais tout ce qui était réellement culturel dans l’ancienne culture russe est resté intact. Les Huns du bolchevisme n’ont piétiné ni la conquête de la pensée, ni les oeuvres de l’art. Au contraire : ils ont soigneusement rassemblé les monuments de la création humaine et les ont mis en ordre exemplaire. La culture de la monarchie, de la noblesse et de la bourgeoisie est maintenant devenue la culture des musées historiques.

 

Le peuple visite avec zèle ces musées. Mais il ne vit pas dans les musées. Il apprend. Il construit. Le seul fait que la révolution d’Octobre ait enseigné au peuple russe, aux dizaines de peuples de la Russie tsariste, à lire et à écrire, se place incomparablement plus haut que toute la culture russe en serre d’autrefois.

 

La révolution d’Octobre a posé la base pour une nouvelle culture destinée non à des élus, mais à tous. Les masses du monde entier le sentent. D’où leurs sympathies pour l’Union Soviétique, aussi ardentes qu’était jadis leur haine contre la Russie tsariste.

 

Chers auditeurs, vous savez que le langage humain représente un outil irremplaçable, non seulement pour la désignation des événements mais aussi pour leur estimation. En écartant l’accidentel, l’épisodique, l’artificiel, il absorbe en lui le réel, il le caractérise et le ramasse. Remarquez avec quelle sensibilité les langues des nations civilisées ont distingué deux époques dans le développement de la Russie. La culture aristocratique apporta dans le monde des barbarismes tels que tsar, cosaque, pogrome, nagaika [fouet]. Vous connaissez ces mots et vous savez ce qu’ils signifient. Octobre apporta aux langues du monde des mots tels que Bolchevik, Soviet, Kolkhoz, Gosplan [Commission du plan], Piatiletka [Plan quinquennal]. Ici la linguistique pratique rend son jugement historique suprême !

 

La signification la plus profonde de chaque révolution, et cependant plus difficilement soumise à une mesure immédiate, consiste en ce qu’elle forme et trempe le caractère populaire. La représentation du peuple russe comme un peuple lent, passif, mélancolique et mystique est largement répandue et non par hasard. Elle a ses racines dans le passé. Mais jusqu’à présent, ces modifications profondes que la révolution a introduites dans le caractère du peuple ne sont pas suffisamment prises en considération en Occident. Pouvait-il en être autrement ?

 

Chaque homme avec une expérience de la vie peut éveiller dans sa mémoire l’image d’un adolescent quelconque connu de lui qui – impressionnable, lyrique, sentimental enfin – devient plus tard, d’un seul coup, sous l’action d’un puissant choc moral, plus fort, mieux trempé et n’est plus reconnaissable. Dans le développement de toute une nation, la Révolution accomplit des transformations morales du même genre.

 

L’insurrection de février contre l’autocratie, la lutte contre la noblesse, contre la guerre impérialiste, pour la paix, pour la terre, pour l’égalité nationale, l’insurrection d’Octobre, le renversement de la bourgeoisie et des partis qui tendaient à des accords avec la bourgeoisie, trois années de guerre civile sur un front de 8000 kilomètres, les années de blocus, de misère, de famine et d’épidémies, les années d’édification économique tendue, les nouvelles difficultés et privations : tout cela est une rude mais bonne école. Un lourd marteau détruit le verre, mais forge l’acier. Le marteau de la révolution forge l’acier du caractère du peuple.

 

Peu après l’insurrection un des généraux tsaristes, Zaleski, s’étonnait « qu’un portier ou qu’un gardien devienne d’un coup un président de tribunal ; un infirmier, directeur d’hôpital ; un coiffeur, dignitaire ; un enseigne, commandant suprême ; un journalier, maire ; un serrurier dirigeant d’entreprise ».

 

« Qui le croira ? » On devait déjà le croire. On ne pouvait d’ailleurs pas ne pas le croire, tandis que les enseignes battaient les généraux, le maire, autrefois journalier, brisait la résistance de la vieille bureaucratie, le lampiste mettait de l’ordre dans les transports, le serrurier, comme directeur, rétablissait l’industrie. « Qui le croira ? » Qu’on tente seulement de ne pas le croire.

 

Pour expliquer la patience inhabituelle que les masses populaires d’Union Soviétique montrèrent dans les années de la révolution, nombre d’observateurs étrangers font appel, par ancienne habitude, à la passivité du caractère russe. Anachronisme grossier ! Les masses révolutionnaires supportèrent les privations patiemment, mais non passivement. Elles construisent de leurs propres mains un avenir meilleur et elles veulent le créer à tout prix. Que l’ennemi de classe essaie seulement d’imposer sa volonté à ces masses patientes ! Non, mieux vaut qu’il ne l’essaie pas !

 

Pour conclure, essayons de fixer la place de la révolution d’Octobre non seulement dans l’histoire de la Russie, mais dans l’histoire du monde. Pendant l’année 1917, dans l’intervalle de 8 mois, deux courbes historiques se rencontrèrent. La révolution de février – cet écho attardé des grandes luttes qui se sont déroulées dans les siècles passés sur les territoires des Pays-Bas, d’Angleterre, de France et de presque toute l’Europe continentale – se lie à la série des révolutions bourgeoises. La révolution d’Octobre proclame et ouvre la domination du prolétariat. C’est le capitalisme mondial qui subit sur le territoire de la Russie sa première grande défaite. La chaîne se brisa au plus faible maillon. Mais c’est la chaîne qui se brisa, et non seulement le maillon.

 

Vers le socialisme

 

Le capitalisme, comme système mondial, s’est historiquement survécu. Il a cessé de remplir sa mission essentielle : l’élévation du niveau de la puissance humaine et de la richesse humaine. L’humanité ne peut stagner sur le palier atteint. Seule une puissante élévation des forces productives et une organisation juste, planifiée, c’est-à-dire socialiste, de production et de répartition, peut assurer aux hommes – à tous les hommes – un niveau de vie digne et leur conférer, en même temps, le sentiment précieux de la liberté face à leur propre économie. De la liberté sous deux sortes de rapports : premièrement, l’homme ne sera plus obligé de consacrer la principale partie de sa vie au travail physique. Deuxièmement, il ne dépendra plus des lois du marché, c’est-à-dire des forces aveugles et obscures qui s’édifient derrière son dos. Il édifiera librement son économie, c’est-à-dire selon un plan, le compas en main. Cette fois, il s’agit de radiographier l’anatomie de la société, de découvrir tous ses secrets et de soumettre toutes ses fonctions à la raison et à la volonté de l’homme collectif. En ce sens, le socialisme doit devenir une nouvelle étape dans la croissance historique de l’humanité.

 

A notre ancêtre qui s’arma pour la première fois d’une hache de pierre, toute la nature se présenta comme la conjuration d’une puissance mystérieuse et hostile. Depuis, les sciences naturelles, en collaboration étroite avec la technologie pratique, ont éclairé la nature jusque dans ses profondeurs les plus obscures. Au moyen de l’énergie électrique, le physicien rend maintenant son jugement sur le noyau atomique. L’heure n’est plus lointaine où, en se jouant, la science résoudra la tâche de l’alchimie, transformant le fumier en or et l’or en fumier. La où les démons et les furies de la nature se déchaînaient règne maintenant toujours plus courageusement la volonté industrieuse de l’homme.

 

Mais tandis qu’il lutta victorieusement contre la nature, l’homme édifia aveuglément ses rapports avec les autres hommes, presque comme les abeilles ou les fourmis. Avec retard et beaucoup d’indécision, il aborda les problèmes de la société humaine. Il commença par la religion pour passer ensuite à la politique. La Réforme représenta le premier succès de l’individualisme et du rationalisme bourgeois dans un domaine où avait régné une tradition morte. La pensée critique passa de l’Eglise à l’Etat. Née dans la lutte contre l’absolutisme et les conditions moyenâgeuses, la doctrine de la souveraineté populaire et des droits de l’homme et du citoyen grandit. Ainsi se forma le système du parlementarisme. La pensée critique pénétra dans le domaine de l’administration de l’Etat. Le rationalisme politique de la démocratie signifiait la plus haute conquête de la bourgeoisie révolutionnaire.

 

Mais entre la nature et l’Etat se trouve l’économie. La technique a libéré l’homme de la tyrannie des anciens éléments – la terre, l’eau, le feu et l’air – pour le soumettre aussitôt à sa propre tyrannie. L’homme cesse d’être l’esclave de la nature pour devenir l’esclave de la machine et, pire encore, l’esclave de l’offre et de la demande. La crise mondiale actuelle témoigne d’une manière particulièrement tragique combien ce dominateur fier et audacieux de la nature reste l’esclave des puissances aveugles de sa propre économie. La tâche historique de notre époque consiste à remplacer le jeu déchaîné du marché par un plan raisonnable, à discipliner les forces productives, à les contraindre d’agir avec harmonie en servant docilement les besoins de l’homme. C’est seulement sur cette nouvelle base sociale que l’homme pourra redresser son dos fatigué et – non seulement des élus – mais chacun et chacune, devenir un citoyen ayant plein pouvoir dans le domaine de la pensée.

 

Mais cela n’est pas encore l’extrémité du chemin. Non, ce n’en est que le commencement. L’homme se désigne comme le couronnement de la création. Il y a certains droits. Mais qui affirme que l’homme actuel soit le dernier représentant le plus élevé de l’espèce homo sapiens ? Non, physiquement comme spirituellement, il est très éloigné de la perfection, cet avortement biologique dont la pensée est malade et qui ne s’est créé aucun nouvel équilibre organique.

 

Il est vrai que l’humanité a plus d’une fois produit des géants de la pensée et de l’action, qui dépassent leurs contemporains comme des sommets sur des chaînes de montagne. Le genre humain a le droit d’être fier de ses Aristote, Shakespeare, Darwin, Beethoven, Goethe, Marx, Edison et Lénine. Mais pourquoi ceux-ci sont-ils si rares ? Avant tout, parce qu’ils sont issus à peu près sans exception des classes les plus élevées ou moyennes. A de rares exceptions près, les étincelles du génie sont étouffées, dans les profondeurs opprimées du peuple, avant même qu’elles puissent jaillir. Mais c’est aussi parce que le processus de génération, de développement et d’éducation de l’homme resta et reste en son essence le fait du hasard, non éclairé par la théorie et la pratique, non soumis à la conscience et à la volonté.

 

L’anthropologie, la biologie, la physiologie, la psychologie ont rassemblé des montagnes de matériaux pour ériger devant l’homme, dans toute leur ampleur, les tâches de son propre perfectionnement corporel et spirituel et de son développement ultérieur. Par la main géniale de Sigmund Freud, la psychanalyse a soulevé le couvercle du puits poétiquement nommé « l’âme » humaine. Et qu’est-il apparu ? Notre pensée consciente ne constitue qu’une petite partie du travail des obscures forces psychiques. De savants plongeurs descendent au fond de l’océan et y photographient de mystérieux poissons. Pour que la pensée humaine descende au fond de son propre puits psychique, elle doit éclairer les mystérieuses forces motrices de l’âme et les soumettre à la raison et à la volonté.

 

Quand il en aura terminé avec les forces anarchiques de sa propre société, l’homme travaillera sur lui-même dans les mortiers, dans les cornues du chimiste. Pour la première fois, l’humanité se considérera elle-même comme une matière première, et dans le meilleur des cas comme un produit physique et psychique semi-achevé. Le socialisme signifiera un saut du règne de la nécessité dans le règne de la liberté, aussi en ce sens que l’homme d’aujourd’hui, plein de contradictions et sans harmonie, frayera la voie à une nouvelle race plus heureuse.

 

Léon Trotsky (le 7 nov 1932)

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3 novembre 2007 6 03 /11 /novembre /2007 11:46
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"C’est en regardant le soleil et la belle nature que j’ai tant aimée

que je dirai adieu à la vie et à vous tous"


Missak Manouchuan était un militant communiste de la MOI et commissaire militaire des FTP-MOI de la région parisienne, né le 1er septembre 1906 à Adyaman en Turquie et mort le 21 février 1944, fusillé au fort du mont Valérien.


Dernière Lettre de Missak Manouchian

Mont-Valérien, le 19 février 1944.

Ma Chère Mélinée, ma petite orpheline bien-aimée,

Dans quelques heures, je ne serai plus de ce monde. Nous allons être fusillés cet après-midi à 15 heures. Cela m’arrive comme un accident dans ma vie, je n’y crois pas mais pourtant je sais que je ne te verrai plus jamais.
Que puis-je t’écrire ? Tout est confus en moi et bien clair en même temps.

Je m’étais engagé dans l’Armée de Libération en soldat volontaire et je meurs à deux doigts de la Victoire et du but. Bonheur à ceux qui vont nous survivre et goûter la douceur de la Liberté et de la Paix de demain. Je suis sûr que le peuple français et tous les combattants de la Liberté sauront honorer notre mémoire dignement. Au moment de mourir, je proclame que je n’ai aucune haine contre le peuple allemand et contre qui que ce soit, chacun aura ce qu’il méritera comme châtiment et comme récompense. Le peuple allemand et tous les autres peuples vivront en paix et en fraternité après la guerre qui ne durera plus longtemps. Bonheur à tous... J’ai un regret profond de ne t’avoir pas rendue heureuse, j’aurais bien voulu avoir un enfant de toi, comme tu le voulais toujours. Je te prie donc de te marier après la guerre, sans faute, et d’avoir un enfant pour mon bonheur, et pour accomplir ma dernière volonté, marie-toi avec quelqu’un qui puisse te rendre heureuse. Tous mes biens et toutes mes affaires je les lègue à toi à ta sœur et à mes neveux. Après la guerre tu pourras faire valoir ton droit de pension de guerre en tant que ma femme, car je meurs en soldat régulier de l’armée française de la libération.

Avec l’aide des amis qui voudront bien m’honorer, tu feras éditer mes poèmes et mes écrits qui valent d’être lus. Tu apporteras mes souvenirs si possible à mes parents en Arménie. Je mourrai avec mes 23 camarades tout à l’heure avec le courage et la sérénité d’un homme qui a la conscience bien tranquille, car personnellement, je n’ai fait de mal à personne et si je l’ai fait, je l’ai fait sans haine. Aujourd’hui, il y a du soleil. C’est en regardant le soleil et la belle nature que j’ai tant aimée que je dirai adieu à la vie et à vous tous, ma bien chère femme et mes bien chers amis. Je pardonne à tous ceux qui m’ont fait du mal ou qui ont voulu me faire du mal sauf à celui qui nous a trahis pour racheter sa peau et ceux qui nous ont vendus. Je t’embrasse bien fort ainsi que ta sœur et tous les amis qui me connaissent de loin ou de près, je vous serre tous sur mon cœur.

Adieu. Ton ami, ton camarade, ton mari.

Manouchian Michel.

P.S. J’ai quinze mille francs dans la valise de la rue de Plaisance. Si tu peux les prendre, rends mes dettes et donne le reste à Armène. M. M.JC Seclin, Templemars, Vendeville,Wattignies, Haubourdin, Emmerin, Houplin-Ancoisne,Santes, Wavrin, Don, Allenes les Marais, Carnin, Annoeullin, Bauvin, Provin, Gondecourt,Avelin, Martinsart, Attiches, Phalempin, Tourmignies, Pont-à-Marcq, Mérignies, La Neuville, Wahagnies, Libercourt, Oignies, Ostricourt, Moncheaux, Raimbeaucourt, Leforest, Faumont, Mons-en-pévèle, Thumeries,
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2 novembre 2007 5 02 /11 /novembre /2007 11:45
  Après Mar(t)ine à l'Assemblée,
 nous avons Mar(t)ine à la municipalité

Ci dessous un article du blog de la section d'henin beaumont du PCF sur la candidate du FN marine le Pen. Retrouvez tous leurs articles sur le FN ici

Martine.jpgNos lecteurs l’auront compris : l’article d’aujourd’hui est consacré à un personnage qui fait son cinéma… Se posant tantôt en victime, tantôt en accusatrice, avec son programme « tous pourris », elle prend les électeurs pour des enfants...

Mais son programme ne se limite pas à cela et c’est quand même malheureux que nous soyons obligés de le résumer pour elle.

Cette dame qui doit succéder à son père comme les fils de roi succédaient aux leurs,  a dit récemment  que la politique du gouvernement Sarkozy allait dans le bon sens. Cette
parachutée qui  aime le Pas de Calais au nombre de voix pour son parti, hier à Lens, aujourd’hui à Hénin Beaumont, est dans un parti dont le  programme pour la population et les salariés va à l’encontre de leurs  intérêts,  jugez plutôt :


· Protection sociale : chacun constitue le niveau de sa couverture autrement dit chacun se "démerde". Alors vous pensez les franchises médicales...
· Suppression du SMIC : C’est vrai que si on peut faire travailler les salariés pour moins que cela les patrons seront satisfaits... En quelques années,  nous sommes passés de 8% de Smicards à 15 %, la suppression de la référence au SMIC permettrait aux patrons de paupériser les salariés et cacher l’absence de hausse de salaire.
· Séparation de gré à gré, toujours dans le programme de la famille, le MEDEF appelle cela « la rupture du contrat de travail par consentement mutuel » : en fait il s’agit de livrer les salariés au bon vouloir du patronat.
· Et on pourrait multiplier ainsi les exemples comme son papa qui hurle quand le gouvernement cède contre le CPE ; qui trouve que la grève du 18 octobre est illégale. Mais il a raison,  sous Vichy les syndicats ont été supprimés, la grève était illégale et les droits des salariés quasi nuls.

Ne cherchez pas de ressemblance avec la réalité ce serait totalement mais totalement fortuit…

Actuellement à Epinal il y a une belle exposition des livres de Martine mais qui n’a rien à voir avec le personnage décrit ci-dessus.
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1 novembre 2007 4 01 /11 /novembre /2007 14:15
Léon Trotsky : vie et luttes d’un révolutionnaire

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Afin de commémorer les 90 ans de la révolution russe, nous allons mettre en ligne plusieurs articles sur les grands acteurs de cette épisode majeur de l'histoire mondiale, ainsi que plusieurs articles sur la réalité de 1917.

Le 26 août 1879, quelques mois avant la naissance de Trotsky, un petit groupe de révolutionnaires de l’organisation
terroriste secrète Narodnaya Volya (la Volonté du Peuple) prononçait la condamnation à mort d’Alexandre II, Tsar de Russie. Ainsi débuta une période de luttes héroïques, menées par un petit nombre de jeunes contre le puissant appareil d’Etat, et qui allait culminer, le 1er mars 1881, dans l’assassinat du Tsar. Ces jeunes intellectuels et étudiants, qui haïssaient la tyrannie, étaient prêts à donner leur vie dans la lutte pour l’émancipation des masses, mais s’imaginaient qu’il était nécessaire de provoquer la mobilisation du peuple au moyen de la « propagande par l’action ». Cependant, leurs efforts n’aboutirent à rien. Loin de susciter un mouvement de masse, les actions terroristes provoquaient l’effet inverse : elles renforçaient l’appareil répressif de l’Etat, isolaient et démoralisaient les cadres révolutionnaires - et provoquèrent finalement la destruction complète de l’organisation « populiste » Narodnaya Volya.

Le Populisme

L’erreur des populistes résidait dans leur incompréhension des processus fondamentaux de la révolution russe. En l’absence d’une classe ouvrière forte, ils cherchaient une autre base sociale à la révolution socialiste, et croyaient l’avoir découverte dans la paysannerie. Mais toute 1’histoire démontre que la paysannerie est la classe sociale la moins capable de jouer un rôle politique indépendant. Ce n’est pas une classe homogène, comme le sont la bourgeoisie et le classe ouvrière. Ses couches supérieures penchent du côté de la bourgeoisie, tandis que les paysans pauvres sont les alliés naturels des travailleurs. La paysannerie, en tant que classe, manque de cohésion. Marx expliquait que les paysans ont entre eux un type de relation comparable à celui de « pommes de terre enfermées dans un même sac ».

Mais les terroristes idéalisaient la paysannerie. Ils parlaient toujours « au nom du peuple », c’est-à-dire au nom des paysans, qui formaient l’écrasante majorité du peuple russe. Ils ne comprenaient pas le rôle particulier de la classe ouvrière dans la lutte pour le socialisme. Pire encore, ils niaient l’existence de cette classe sociale. Les ouvriers d’industrie n’étaient à leurs yeux que des « paysans d’usines ». Au lieu de s’appuyer sur la classe ouvrière - la seule classe capable de parvenir à une conscience collective socialiste, en raison de ses conditions de vie et de sa position dans l’économie - les populistes s’orientaient vers « le peuple », et s’efforçaient de susciter une conscience socialiste parmi les petits propriétaires terriens. L’échec du populisme est le fruit d’un tragique méprise au sujet de la question : quelle classe peut et doit accomplir la révolution socialiste en Russie ?

Les Marxistes

Pour justifier leurs idées, les populistes attribuaient un destin particulier au peuple russe. Longtemps avant Staline, ils défendaient l’idée du « socialisme dans un seul pays ». A l’inverse, les premiers marxistes russes, autour de Plekhanov, niaient ouvertement cette possibilité, et expliquaient que le socialisme nécessitait une base matérielle qui ne peut surgir que du développement des forces productives, de l’industrie et de la science. Marx et Engels avaient déjà expliqué que dans toute société où la science et le gouvernement sont détenus par une minorité, cette minorité en abuse nécessairement pour son propre compte. Comme l’écrivait Marx, « là où la misère serait généralisée, tout le vieux fatras remonterait à la surface ». Il en sera ainsi dans tous les pays où les travailleurs se dépenseront huit, douze ou quinze heures par jour pour gagner leur vie.

C’est précisément pour cette raison que Marx et Engels prévoyaient que la révolution socialiste se déroulerait d’abord dans les pays développés, et seulement ensuite dans les régions arriérées telles que la Russie, l’Afrique ou l’Asie. Pour la même raison, Plekhanov et les marxistes russes expliquaient que pour qu’une révolution socialiste soit possible, un certain niveau de développement du capitalisme, de l’industrie et de la classe ouvrière était nécessaire.

Cependant, dans la décennie de 1880, la majeure partie de la jeunesse russe n’était pas attirée par les idées du marxisme. Son impatience la poussait à mépriser la « théorie ». Elle voulait de l’action. Elle ne comprenait pas la nécessité de gagner la classe ouvrière au moyen d’un patient travail d’explication, et tentait de détruire le tsarisme par les armes et le combat individuel.

Trotsky débuta sa vie politique dans un groupe populiste, tout comme Lénine, dont le frère aîné était également un militant terroriste. Le populisme était alors en déclin. Dans la décennie de 1890, le climat héroïque des premiers cercles d’intellectuels s’était transformé en déprime, mécontentement et pessimisme. Par ailleurs, le mouvement ouvrier était entré dans l’arène avec une vague impressionnante de grèves. En quelques années, avec la croissance spectaculaire des idées marxistes au sein de la classe ouvrière, la supériorité des « théoriciens marxistes » sur les « pragmatiques » du terrorisme individuel s’est vue confirmée. Après avoir commencé par des petits cercles de discussion marxistes, ce nouveau mouvement gagnait de plus en plus d’ouvriers. Trotsky rallia ces jeunes militants de la nouvelle génération de révolutionnaires - et connut la déportation dès l’âge de 19 ans, en 1898.

Lénine

Ce mouvement émergeant était cependant très dispersé et très peu organisé. La tâche d’organiser et d’unir les différents groupes marxistes russes fut prise en main par Lénine qui, avec Plekhanov, dirigeait le « Groupe pour l’Emancipation du Travail ». Lénine et Plekhanov étaient alors en exil à Londres.

Lénine et Plekhanov lancèrent un journal, l’Iskra (l’Etincelle), et réussirent à l’envoyer clandestinement en Russie, où il eut un énorme impact. Rapidement, les authentiques marxistes se regroupèrent autour de l’Iskra. En 1902, Trotsky s’échappe de Sibérie et se rend à Londres, où il intègre l’équipe de 1’Iskra et collabore avec Lénine. Les relations, au sein de l’équipe du comité de rédaction, étaient très tendues. Lénine et Plekhanov s’affrontaient continuellement sur toute une série de questions politiques et organisationnelles. La vérité est que les vieux militants du « Groupe pour 1’Emancipation du Travail » souffraient énormément de leur longue période d’exil, qui avait eu des répercussions sur leur travail politique, celui-ci se limitant essentiellement à des travaux de propagande développés en marge de la classe ouvrière russe. Il s’agissait d’un groupe d’intellectuels sans aucun doute sincères, mais qui accumulaient tous les défauts de l’exil. Leurs méthodes de travail les faisaient parfois ressembler davantage à un groupe de discussion ou à un cercle d’amis qu’à un Parti révolutionnaire se posant la question de la prise du pouvoir.

Lénine, qui dans la pratique réalisait la plus grosse partie du travail - avec l’aide de sa compagne, Kroupskaïa - lutta contre toutes ces tendances, mais avec peu de succès. Il plaça tous ses espoirs dans la convocation d’un Congrès du Parti, où la classe ouvrière mettrait de l’ordre dans « sa propre maison ». Beaucoup d’idées fausses ont été formulées sur ce fameux deuxième Congrès du Parti Ouvrier Social-Démocrate de Russie (POSDR).

Tout parti révolutionnaire passe nécessairement par une étape, plus ou moins longue, de formation des cadres et de travail de propagande. Cette période imprime inévitablement certaines habitudes, certaines façons de penser et de travailler qui, au bout d’un certain temps, se transforment en obstacles empêchant la transformation du Parti en organisation de masse. Si le Parti n’est pas capable, à un moment donné, de modifier ses méthodes, il finit par être réduit à l’état de secte sclérosée.

Les Bolchéviks

Le bras de fer, au Second Congrès, entre les deux ailes du groupe de l’Iskra, a surpris les protagonistes eux-mêmes. Il est né de l’incompatibilité entre la position de Lénine, qui voulait consolider un parti révolutionnaire de masse sur la base d’une discipline et d’une efficacité minimales, et la position des membres plus âgés du « Groupe pour l’Emancipation du Travail », qui s’étaient installés dans une routine et ne ressentaient aucun besoin de changement.

En général, l’une des caractéristiques des tendances petites-bourgeoises consiste dans leur incapacité à séparer les questions politiques des questions personnelles. Malheureusement, les vieux militants réussirent à impressionner Martov et Trotsky, qui acceptèrent les accusations de Zasulich, Axelrod et d’autres. La soi-disant tendance « modérée », dont le chef de file était Martov, restait minoritaire, mais refusait d’accepter les accords conclus lors du Congrès et de participer au Comité Central ainsi qu’au Comité de Rédaction. Lors du Congrès, toutes les tentatives de Lénine pour arriver à une solution de compromis échouèrent du fait de 1’opposition de la minorité (les Menchéviks).

Bien qu’il ait soutenu Lénine au Congrès, Plekhanov ne résista pas aux pressions de ses anciens amis et camarades. Finalement, au début de l’année 1904, Lénine s’est vu obligé d’organiser « les Comités de la Majorité » (Bolchéviks) afin d’essayer de récupérer quelque chose des ruines du Congrès. La scission du Parti était donc devenue un fait. Dans un premier temps, Trotsky soutint la minorité contre Lénine. C’est d’ailleurs ce qui a alimenté la thèse falsificatrice d’un Trotsky « menchévik ». Ceci dit, lors du Second Congrès, le Bolchévisme et le Menchévisme ne s’étaient pas encore cristallisés comme tendances politiques. Ce n’est qu’un an plus tard que des différences politiques entre ces deux tendances allaient clairement se manifester. Ces différences n’avaient rien à voir avec la question du « centralisme » ou du « non-centralisme », mais portaient sur la question-clé de la révolution : la collaboration avec la bourgeoisie nationale ou l’indépendance de classe.

1905 : une répétition générale

En pleine guerre entre la Russie et le Japon, le pays se trouvait dans une situation pré-révolutionnaire. Les manifestations étudiantes succédaient aux vagues de grèves. Cette agitation ne plaisait guère aux bourgeois libéraux, qui se lancèrent dans une campagne de banquets en se basant sur les « Zemvstos », des comités locaux situés à la campagne et qui leur servaient de plate-forme politique.

La question de 1’attitude que devaient avoir les marxistes vis-à-vis de cette campagne ne fit que renforcer leur division. Les menchéviks étaient en faveur d’un appui total aux libéraux. Les bolchéviks, à l’inverse, s’opposaient radicalement à un rapprochement avec les libéraux. Trotsky, pour sa part, adopta la même position que les bolchéviks, ce qui le conduisit à rompre avec les menchéviks. Dès lors, et jusqu’en 1917, Trotsky allait se maintenir formellement indépendant des deux tendances, bien que, sur les questions politiques, il fût toujours plus proche des bolchéviks que des menchéviks.

La situation révolutionnaire mûrissait très rapidement. Les défaites militaires de l’armée tsariste contribuèrent à la montée du mécontentement, qui éclata à la suite de la répression sanguinaire de la manifestation du 9 juin 1905, à Saint-Pétersbourg. Celle-ci sonna le départ de la révolution de 1905, dans laquelle Trotsky joua un rôle de tout premier plan.

La Révolution permanente

Dès avant 1905, dans les discussions sur les politiques d’alliances, Trotsky avait élaboré la trame de la théorie de la « Révolution permanente », une des plus brillantes contributions au marxisme. En quoi consiste cette théorie ?

Selon les menchéviks, la révolution russe aurait un caractère démocratique bourgeois. La classe ouvrière ne devait donc pas aspirer au pouvoir, mais soutenir la bourgeoisie libérale contre le tsarisme. Par ce raisonnement mécanique, les menchéviks caricaturaient les idées de Marx sur le développement des sociétés. La théorie menchévique « des étapes » repoussait la perspective d’une révolution socialiste à un avenir lointain. En attendant, la classe ouvrière devait se contenter de jouer le rôle d’appendice de la bourgeoisie libérale. C’est cette même théorie réformiste qui aboutira, plus tard, aux défaites de la classe ouvrière en Chine en 1927, en Espagne en 1936-39, en Indonésie en 1965 et au Chili en 1973.

Trotsky répondait à ces idées de la façon suivante : « S’il s’agit effectivement d’une révolution démocratique bourgeoise, la question centrale en est la terre. Le pouvoir passera aux mains de la classe qui dirigera la paysannerie contre le Tsarisme. Néanmoins, la bourgeoisie est arrivée trop tard pour pouvoir jouer un rôle révolutionnaire. Le terrain principal est déjà occupé par le prolétariat. Une lutte révolutionnaire s’opposera au tsarisme ; elle déclenchera la mobilisation de la classe ouvrière, qui ne s’arrêtera pas aux limites imposées par les soi-disant libéraux bourgeois. C’est pour cela que les libéraux trahiront la révolution et soutiendront le tsarisme contre les ouvriers et les paysans. En plus, la bourgeoisie, en Russie, est liée par des milliers de fils aux propriétaires terriens à travers le système bancaire. Seule la classe ouvrière, organisée et dirigée par les marxistes, pourra mener les paysans à la victoire, en renversant l’Etat tsariste et en menant à bien les tâches de la révolution démocratique bourgeoise. Mais les choses ne s’arrêteront pas là. Un gouvernement ouvrier et paysan se verrait obligé d’appliquer des mesures socialistes dès le premier jour. La tâche à laquelle doit se préparer la classe ouvrière n’est ni plus ni moins que celle de la prise du pouvoir. »

En 1905, Trotsky se trouvait seul à défendre l’idée de la possibilité du triomphe de la révolution socialiste en Russie, avant l’Europe Occidentale. Lénine n’avait pas encore clarifié sa position. De manière générale, le point de vue de Trotsky était très proche de celui des bolchéviks, comme l’admettra plus tard Lénine. Mais en 1905, Trotsky s’avéra être le seul à affirmer, avec audace et clarté, la nécessité d’une révolution socialiste en Russie. Douze ans plus tard, l’Histoire lui donna raison. Nous ne nous étendrons pas ici sur la révolution de 1905. L’un des meilleurs livres sur ce sujet est celui de Trotsky : 1905. Ce classique du marxisme a d’autant plus de valeur qu’il a été écrit par l’un des principaux dirigeants de cette révolution. Trotsky fut en effet le Président du Soviet de Saint-Pétersbourg. Après la défaite de la révolution, il fut emprisonné avec d’autres membres du Soviet et à nouveau déporté en Sibérie, d’où il s’échappa - pour la deuxième fois - en 1906.

La réaction

Les années de réaction qui suivirent la défaite de la révolution de 1905 furent sans doute la période la plus difficile de l’histoire du mouvement ouvrier russe. Les masses étaient fatiguées de se battre. Les intellectuels étaient démoralisés. L’ambiance générale était au pessimisme, à la morosité, voire même au désespoir. Dans ce climat de réaction généralisée, les idées mystiques et religieuses gagnaient du terrain parmi les intellectuels. Cela se refléta également, au sein du mouvement ouvrier, par des tentatives de réviser les conceptions philosophiques du marxisme.

A l’époque de l’essor révolutionnaire, les deux ailes du mouvement ouvrier russe s’étaient à nouveau unies. Mais cette unification resta plus formelle que réelle. Avec le nouveau reflux, les tendances opportunistes du menchévisme réapparurent (voir la célèbre phrase de Plekhanov : « les travailleurs n’auraient pas du prendre les armes »). Les divergences entre les tendances se renforcèrent une nouvelle fois. A cette époque, Trotsky avait une position politique proche de celle des bolchéviks. Au Congrès de Londres (1907), Lénine déclara : « Trotsky pense que le prolétariat et la paysannerie ont des intérêts communs dans la révolution actuelle (...), ce qui veut dire qu’ici nous avons des positions communes en ce qui concerne notre attitude fondamentale à l’égard des partis bourgeois. »

Malgré cela, Trotsky refusait d’intégrer la tendance bolchévique, et pensait qu’un nouvel essor de la révolution rendrait possible une fusion des meilleurs éléments des deux tendances. Cette position « conciliatrice » fut l’une des plus grandes erreurs de sa vie, comme il l’admettra plus tard lui-même. Il ne faut toutefois pas oublier que les choses étaient loin d’être claires à ce moment-là. Lénine lui-même tenta plus d’une fois de se rapprocher de certaines fractions des menchéviks. En 1908, lorsqu’il arriva à un accord avec Plekhanov, Lénine « rêvait », selon Lounatcharsky, « d’une alliance avec Martov ». Mais l’expérience allait démontrer 1’impossibilité d’un tel rapprochement. Les deux tendances, la révolutionnaire et la réformiste, évoluaient dans un sens opposé. Tôt ou tard, une rupture complète était inévitable.

La Guerre mondiale

En Russie, une nouvelle période de lutte s’amorça en 1911. Elle fut interrompue par la Première Guerre Mondiale. Mais cette fois-ci, les bolchéviks regroupaient une majorité décisive de la classe ouvrière. Les 4/5ème des ouvriers organisés de Saint-Pétersbourg appuyaient les bolchéviks et leur quotidien, La Pravda. Les menchéviks, par contre, s’étaient discrédités par leur politique de collaboration avec la bourgeoisie. En 1912, la scission définitive du Parti était consommée et un Parti Bolchevik indépendant fut fondé. Trotsky s’opposa à nouveau à la scission, et tenta en vain de promouvoir l’unité.

La scission, en Russie, était l’anticipation d’une scission beaucoup plus importante : celle de 1’Internationale. La position que prirent les dirigeants des partis de la Deuxième Internationale lors de la Première Guerre Mondiale signifiait, de facto, l’écroulement de cette Internationale.

A partir du mois d’août 1914, la question de la guerre occupa 1’attention des socialistes de tous les pays. Trotsky adopta immédiatement une position clairement révolutionnaire contre la guerre. A la conférence de Zimmerwald, qui réunit en 1915 tous les socialistes s’opposant à la guerre, Trotsky fut chargé de rédiger le Manifeste, qui, malgré les divergences entre les participants, fut approuvé par tous. Depuis Paris, Trotsky lançait un journal russe qui défendait les principes de l’internationalisme révolutionnaire : Nasche Slovo (Notre Parole). Trotsky et quelques collaborateurs réussirent, grâce à d’énormes sacrifices, à en faire un quotidien, ce qui poussa les autorités françaises, sous la pression du gouvernement russe, à l’interdire et à expulser Trotsky du pays.

Après un bref séjour en Espagne, où il se familiarisa avec les prisons, Trotsky fut à nouveau expulsé vers New York. Là, il collabora avec Boukharine et d’autres révolutionnaires à la publication du journal Novy Mir. C’est à cette époque qu’il prit connaissance des premières nouvelles confuses d’un soulèvement à Petrograd. La deuxième Révolution russe venait de commencer.

La Révolution de 1917

Lénine se trouvait en Suisse et Trotsky à New York lorsqu’éclata la Révolution de Février. Mais malgré la distance énorme qui les séparait, ils arrivèrent à des conclusions identiques. Les articles de Trotsky dans Novy Mir et les textes de Lénine sont pratiquement identiques en ce qui concerne les questions fondamentales de la Révolution : l’attitude vis-à-vis de la paysannerie et de la bourgeoisie libérale, le gouvernement provisoire, la révolution mondiale. Ces faits démasquent les mensonges des staliniens, qui ont essayé d’ériger une muraille de Chine entre Lénine et Trotsky. Au moment de la Révolution, le trotskisme et le léninisme étaient totalement identiques. Dans une situation révolutionnaire, le Parti, et surtout sa direction, subissent les terribles pressions des classes ennemies, de « l’opinion publique » bourgeoise, et même des préjugés de la masse des travailleurs. Pas un seul des dirigeants bolchéviks, à Petrograd, ne fut capable de résister à ces pressions. Aucun d’entre eux n’affirma la nécessité de la conquête du pouvoir par la classe ouvrière comme unique moyen de faire aboutir la révolution. Tous ont abandonné le point de vue de classe pour une vulgaire position démocratique. Staline, Kamenev, Rykov, Molotov et les autres étaient en faveur d’un appui critique au Gouvernement Provisoire, et voulaient fusionner avec les Menchéviks.

Les « Thèses d’Avril »

C’est seulement après l’arrivée de Lénine que le Parti Bolchevik modifie sa position, à la suite d’une lutte interne centrée autour des « Thèses d’Avril » de Lénine, qu’il publia dans La Pravda sous sa signature. Dans un premier temps, aucun autre dirigeant bolchevik n’osait s’identifier avec les « thèses » de Lénine. La vérité est qu’ils n’avaient pas compris la méthode de Lénine et qu’ils avaient transformé les consignes de 1905 en fétiches. Le « crime » de Trotsky résidait dans le fait d’avoir prévu tout cela 1’avance, et de façon claire. Les événements de 1917 confirmaient brillamment la théorie de la Révolution Permanente. A partir de ce moment, plus rien ne séparerait politiquement Lénine et Trotsky. Toutes les divergences du passé cessaient d’exister. Le groupe de révolutionnaires animé par Trotsky, les Mezhrayontsi, fusionna avec le Parti Bolchévik. Plus tard, le 1er novembre 1917, au cours d’une réunion, Lénine déclara que depuis qu’il avait compris l’impossibilité de l’unification avec les menchéviks, « il n’était pas meilleur bolchévik que Trotsky. »

Nous ne traiterons pas en détail le rôle joué par Trotsky dans la révolution d’Octobre. Mais nous devons ici souligner, sur base de l’expérience de la Révolution Russe, l’énorme importance du facteur subjectif et du rôle de l’individu dans l’Histoire.

Le marxisme est déterministe, mais non fataliste. Les vieux populistes et terroristes russes étaient des volontaristes et des utopistes. Ils s’imaginaient que toute 1’Histoire dépendait de la volonté des individus, de grands personnages et de héros, indépendamment des conditions objectives et des lois historiques. Ceci dit, il y a des moments, dans l’histoire de la société, où toutes les conditions objectives de la Révolution sont réunies, et où le facteur subjectif, à savoir la direction du mouvement, devient le facteur décisif. Dans ces moments-là, tout le processus historique dépend de l’activité d’un petit groupe d’individus, et parfois même d’une seule personne.

Engels aimait répéter qu’il y a des époques de l’histoire « où 20 ans passent comme un seul jour », autrement dit où rien, en apparence, ne bouge. Malgré une intense activité, rien ne change. Mais il affirmait également qu’il y a d’autres époques où 20 années d’histoire peuvent être concentrées dans l’espace de quelques semaines ou de quelques jours. Si, dans de telles époques, un parti révolutionnaire et sa direction ne savent pas tirer profit de la situation, cette occasion peut être perdue pour 10 ou 20 ans.

Le rôle du Parti

Dans un laps de temps de neuf mois, entre février et octobre 1917, les questions de la classe, du parti et de sa direction ont démontré toute leur importance. Le Parti Bolchevik était le parti le plus révolutionnaire de toute l’histoire de l’humanité. Mais malgré cela, et malgré la force et l’expérience énormes qu’avait accumulées sa direction, les dirigeants de Petrograd commencèrent, au moment décisif, à hésiter. Une crise s’ouvrit. Le destin de la Révolution dépendait en dernière analyse de l’activité de deux hommes : Lénine et Trotsky. Sans eux, la Révolution n’aurait pas été victorieuse. A première vue, cette affirmation peut sembler être une réfutation de la conception marxiste du rôle de l’individu dans la société. Mais il n’en est rien. Sans le Parti, Lénine et Trotsky auraient été totalement impuissants dans la tourmente révolutionnaire. Près de 20 ans de travail avaient été nécessaires pour construire et perfectionner cet instrument, pour l’enraciner profondément dans les masses, dans les entreprises, dans les casernes et dans les quartiers ouvriers. Aucun homme, quel que soit sa stature, n’aurait pu se substituer à cet instrument, qui ne s’improvise pas.

La classe ouvrière à besoin d’un parti pour changer la société. Sans un parti révolutionnaire, capable de donner une direction consciente à l’énergie révolutionnaire de la classe, cette énergie se dépensera inutilement, comme la vapeur non orientée dans un piston.

Chaque parti a un côté conservateur. Les révolutionnaires sont parfois les plus conservateurs. Ce conservatisme est le fruit d’années de routine, certes indispensables, mais qui engendrent certaines habitudes qui, si elles ne sont pas vaincues par la direction, s’avèrent être un frein dans une situation révolutionnaire. C’est à ce moment décisif, quand la situation exige un changement brusque de l’activité et de l’orientation du parti, quand il faut passer de la routine quotidienne à la question de la prise de pouvoir, que les vieilles habitudes entrent en conflit avec les exigences de la nouvelle situation. C’est précisément dans ce contexte que le rôle de la direction devient vital.

Un parti, en tant qu’organe de lutte d’une classe contre une autre, peut être comparé à une armée. Le parti a également ses généraux, ses officiers, ses sous-officiers et ses soldats. Comme dans une guerre, le temps est, dans une révolution, une question de vie ou de mort. Sans Lénine et Trotsky, les bolchéviks auraient certainement corrigé leurs erreurs - mais à quel prix ? La révolution ne peut attendre des années que le parti corrige ses erreurs, car la défaite est le prix de l’hésitation et des reculs. Cela a été clairement démontré par l’expérience de la révolution allemande de 1923. La politique révolutionnaire est une science. L’étude attentive des révolutions antérieures n’est pas un jeu, mais une façon de se préparer pour l’avenir. Personne ne prenait Trotsky au sérieux quand il défendait, avant la première guerre, la possibilité de l’éclatement d’une révolution ouvrière en Russie avant qu’une telle révolution n’éclate en Europe occidentale. C’est seulement en octobre 1917 que la preuve a été donnée de la supériorité de la méthode marxiste sur l’empirisme.

Le socialisme

La Révolution d’Octobre fut l’événement le plus important de 1’histoire de l’humanité. Pour la première fois - à l’exception de la courte expérience de la Commune de Paris -, les masses opprimées de la société ont pris leur destin en main et se sont attelées à la tâche de construire une nouvelle société.

La révolution socialiste est totalement différente de toutes les autres révolutions, du fait du rôle qu’y joue le facteur subjectif. Dans une révolution socialiste, le facteur subjectif devient, pour la première fois, le moteur de l’ensemble du processus social. La révolution bourgeoise, à l’inverse, peut se réaliser d’une façon presque automatique, sans direction consciente. Sous le capitalisme, les forces du marché agissent de manière incontrôlée, sans le moindre plan établi ou sans intervention de l’Etat. La révolution socialiste met fin à l’anarchie de la production et impose le contrôle et la planification des forces productives de la société. La conséquence en est que même après la révolution, le facteur subjectif (la conscience de classe) reste le facteur décisif. Selon Engels, le socialisme se définit comme « le saut du règne de la nécessité vers le règne de la liberté ». Mais la conscience des masses n’est pas séparable de leurs conditions de vie, de leur niveau culturel, de la durée de la journée de travail, etc. Ce n’est pas par hasard que Marx et Engels insistaient sur le fait que les conditions matérielles pour le socialisme dépendaient du développement des forces productives. Quand les menchéviks invoquaient l’absence de conditions matérielles pour le socialisme en Russie, et s’opposaient ainsi à la Révolution d’Octobre, ils avaient en partie raison. Mais ces conditions objectives étaient réunies à l’échelle internationale.

L’internationalisme des bolchéviks ne relevait pas du sentimentalisme. Lénine a répété des centaines de fois que la Révolution russe devait s’étendre à d’autres pays, sans quoi elle serait vouée à l’échec. De fait, la Révolution russe provoqua une vague de situations révolutionnaires et pré-révolutionnaires dans de nombreux pays (Allemagne, Hongrie, Italie, France...). Mais celles-ci échouèrent, du fait de l’absence de partis révolutionnaires de masse, ou plus précisément à cause de la trahison des dirigeants sociaux-démocrates. Du fait de cette trahison, en Allemagne et dans d’autres pays, la Révolution russe resta limitée àun seul pays arriéré, où les conditions de vie étaient très pénibles. En une seule année, des millions de personnes moururent de faim. A la fin de la guerre civile, la classe ouvrière était épuisée.

La bureaucratie

Dans cette situation, la réaction était inévitable. Les résultats ne correspondaient pas aux espérances des masses. Une partie importante des ouvriers les plus conscients et combatifs étaient morts dans la guerre civile. D’autres, fatigués par les travaux administratifs dans l’industrie ou dans l’Etat, s’éloignaient petit à petit du reste de la classe. C’est dans une ambiance de fatigue croissante, de démoralisation et de désorientation des masses, que l’appareil d’Etat s’éleva de plus en plus au dessus de la classe ouvrière. Chaque pas en arrière, de la part des travailleurs, renforçait les positions des bureaucrates et des carriéristes. C’est sur cette toile de fond que s’est cristallisée une couche de bureaucrates et de fonctionnaires auto-satisfaits qui désapprouvaient les idées « utopiques » sur la révolution mondiale. Ces mêmes éléments allaient réserver un accueil enthousiaste à la théorie - énoncée, pour la première fois, en 1924 - du « socialisme dans un seul pays ».

Le marxisme explique que les idées « ne tombent pas du ciel ». Quand une idée qui apparaît trouve un appui massif, elle reflète nécessairement les intérêts d’une classe ou d’une caste sociale. Aujourd’hui, les historiens bourgeois essayent de présenter le bras de fer entre Staline et Trotsky comme un « débat » portant sur des questions théoriques. Or, le facteur déterminant, dans l’histoire, n’est pas la lutte des idées, mais bien la lutte entre les intérêts de classe et les forces matérielles. La victoire de Staline n’était pas basée sur sa supériorité intellectuelle. Dans le domaine théorique, Staline était en réalité le plus médiocre des dirigeants bolchéviks. Mais les idées qu’il défendait représentaient les intérêts et les privilèges de la nouvelle caste bureaucratique en formation. A l’inverse, Trotsky et 1’« Opposition de Gauche » défendaient les idées d’Octobre et les intérêts de la classe ouvrière, qui étaient soumis aux attaques de la bureaucratie, des petits bourgeois, des koulaks, etc.

Le Stalinisme

Les idées et l’action de Staline n’obéissaient pas non plus à un plan préétabli. Au début, il ne savait pas où il allait, et si il avait su, en 1923, où allait aboutir ce processus, il ne s’y serait probablement jamais engagé. Conscient du danger qui menaçait, Lénine tenta - pendant la période de sa dernière maladie - d’enrayer le processus de bureaucratisation. Dans ce but, il alla jusqu’à proposer la formation d’un bloc avec Trotsky pour combattre Staline au XXIème Congrès du Parti. Mais il mourut avant de pouvoir mettre à exécution ce dernier projet.

Quoiqu’il en soit, même 1’intervention de Lénine n’aurait pas suffi à interrompre le processus. Les causes ne se trouvaient pas dans les individus, mais bien dans la situation objective d’un pays arriéré, affamé, et que le recul de la Révolution socialiste en occident plongeait dans l’isolement. En 1926, lors d’une réunion de 1’Opposition de gauche, la veuve de Lénine, Kroupskaïa, s’écriait avec amertume : « Si Lénine était encore vivant, on le jetterait en prison ! ». La raison de la défaite de Trotsky et de 1’Opposition se trouve dans le moral des masses, qui restaient indifférentes aux luttes internes au Parti. L’ascension de la nouvelle caste dominante relevait de causes sociales profondes. L’isolement de la Révolution était la cause principale de l’ascension de Staline et de la bureaucratie. Mais cela provoqua en retour de nouvelles défaites de la Révolution internationale : en Bulgarie et en Allemagne (1923), en Angleterre (1926), en Chine (1927) et enfin - la plus terribles des débâcles - dans l’Allemagne de 1933. Chaque défaite de la Révolution internationale accentuait la démoralisation de la classe ouvrière russe, et par conséquent renforçait les bureaucrates et les carriéristes. L’Opposition fut expulsée au lendemain de la terrible défaite de la révolution chinoise de 1927. Cette défaite était la conséquence directe de la politique dictée au Parti Communiste chinois par Staline et Boukharine. Trotsky fut exilé en Turquie : la bureaucratie n’était pas encore assez solide pour se permettre de l’assassiner ! De son exil, entre 1927 et 1933, Trotsky s’est consacré à 1’organisation de 1’Opposition Internationale de Gauche, qui se fixait pour but de redresser la situation en URSS et dans l’Internationale Communiste. Mais la terrible défaite de la classe ouvrière allemande, fatiguée et usée par la politique des staliniens et des sociaux-démocrates, ainsi que l’absence totale d’autocritique et de discussion au sein des partis de l’Internationale Communiste, amenèrent Trotsky à conclure à l’irréversible dégénérescence du Komintern. Alors que, dans ses premières années, la bureaucratie ne s’était pas encore consolidée comme caste dominante, il était devenu évident, en 1933, qu’on ne faisait plus face à une déviation provisoire qui pouvait être corrigée par la critique et la discussion. La contre-révolution avait triomphé, détruisant tous les éléments de démocratie ouvrière établis par la Révolution d’Octobre.

Les purges

La meilleure illustration de la nouvelle situation réside dans les tristement célèbres « Procès de Moscou », que Trotsky qualifiait de « guerre civile unilatérale contre le Parti Bolchévik ». Entre 1936 et 1939, tous les membres du Comité Central de l’époque de Lénine qui vivaient en URSS furent assassinés. Il y eut « le procès des 16 » (Zinoviev, Kamenev, Smirnov, etc), « le procès des 17 » (Radalev, Piatakov, Sojoknikov, etc), « le procès secret des militaires » (Toukachevski, etc), et « le procès des 21 » (Boukharine, Rykov, Rakovsky, etc). Les anciens camarades de Lénine furent accusés, de manière grotesque, d’avoir commis des crimes contre la Révolution. On les accusait généralement d’être des agents de Hitler. De même, en France, à l’époque thermidorienne, les Jacobins se voyaient accusés d’être des agents de l’Angleterre.

L’objectif de la bureaucratie était simple : liquider totalement les éléments qui auraient pu servir de point de rassemblement au mécontentement des masses. Elle réussissait même à emprisonner et à tuer des milliers de personnes fidèles à Staline, dont le seul crime était leurs liens directs avec l’expérience d’Octobre. Il était dangereux d’être 1’ami, le voisin, le père ou l’enfant d’un prisonnier. Des familles entières furent envoyées dans les camps de concentration, y compris les enfants. Le fils du Général Yakir, assassiné en 1938, a passé 14 ans avec sa mère dans les camps staliniens. Le principal accusé n’était pourtant pas présent lors de son procès. Léon Trotsky, qui s’était vu refuser tout droit d’asile dans les pays européens, se trouvait alors au Mexique, d’où il organisait une campagne internationale de protestation contre les procès de Moscou.

Un Etat ouvrier déformé

Pourquoi la bureaucratie avait-elle si peur d’un seul homme ? La Révolution d’Octobre avait établi un régime de démocratie ouvrière qui laissait la plus grande liberté aux travailleurs. La bureaucratie, par contre, ne pouvait dominer qu’à travers la destruction de la démocratie ouvrière et 1’établissement d’un régime totalitaire. Elle ne pouvait tolérer la moindre liberté d’expression ou de critique, et ce dans le domaine de la politique comme dans celui de l’art, de la science ou de la littérature. En superficie, le régime de Staline ressemblait à celui de Hitler, Franco ou Mussolini. Mais il existait une différence fondamentale : en URSS, la caste dominante se basait sur les nouvelles relations économiques établies par la Révolution d’Octobre. Il existait une situation contradictoire. Pour défendre son pouvoir et ses privilèges, cette caste parasitaire se voyait obligée de défendre l’économie nationalisée et planifiée, qui représentait une conquête historique de la classe ouvrière. Les bureaucrates privilégiés, ayant détruit les conquêtes politiques d’Octobre et annihilé le Parti Bolchevik, se voyaient obligés de maintenir une fiction de « Parti Communiste », de « Soviets », etc. Ils devaient aussi développer les forces productives basées sur l’économie nationalisée et planifiée. Ainsi, en développant l’industrie, ils jouaient un rôle relativement progressiste.

La Démocratie Ouvrière

Les marxistes ne défendent pas la démocratie pour des raisons sentimentales. Comme l’expliquait Trotsky, « une économie planifiée a besoin de démocratie comme le corps humain a besoin d’oxygène ». Le contrôle asphyxiant d’une bureaucratie omnipotente est incompatible avec le développement d’une économie planifiée. L’existence d’une bureaucratie engendre inévitablement, à tous les niveaux, diverses formes de corruption, de mauvaise gestion et d’abus de pouvoir. C’est pourquoi, à la différence de la bourgeoisie, la bureaucratie ne peut tolérer les critiques et les pensées indépendantes. Dans les années 30, Trotsky analysa le nouveau phénomène que constituait la bureaucratie stalinienne dans La Révolution Trahie - un grand classique du marxisme. Il y prônait une nouvelle révolution - une révolution politique - destinée à régénérer 1’URSS. Tout comme les autres classes ou castes dominantes de l’histoire, la bureaucratie russe ne disparaîtra pas « d’elle-même », bien qu’elle soit en contradiction avec le développement des forces productives.

Le travail de Trotsky et de ses collaborateurs politiques constituait un danger mortel pour la bureaucratie, qui y répondit par une campagne massive d’assassinats, de persécutions et de calomnies.

Le 20 août 1940, après plusieurs tentatives manquées, la G.P.U. réussit finalement à assassiner Trotsky par le biais d’un de ses agents. Trotsky avait déjà vécu l’assassinat de 1’un de ses fils, 1a disparition d’un autre, le suicide de sa fille, l’extermination de ses amis et de ses collaborateurs en URSS et à l’étranger, ainsi que la destruction des conquêtes politiques de la Révolution d’Octobre.

Malgré tout cela, Trotsky n’a jamais cessé de défendre ses idées révolutionnaires. Son testament dégage un énorme optimisme quant au futur socialiste de l’humanité. Mais son véritable testament réside dans l’ensemble de ses livres et écrits, qui constituent un énorme trésor d’idées marxistes pour la nouvelle génération de révolutionnaires. Le fait qu’aujourd’hui encore, le « spectre du trotskisme » continue de hanter les maîtres du Kremlin est une preuve de la vitalité de ses idées - les authentiques idées du bolchévisme et du marxisme, qui ne seront détruites ni par les mensonges des calomniateurs, ni par les balles des assassins.

 Alan Woods

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1 novembre 2007 4 01 /11 /novembre /2007 13:45
Un grand succès



La Marche d’une centaines de Privés d’Emploi, accompagnés par les Parlementaires et Elus de notre Région, s’est terminée par le dépôt de plus de 4 000 C.V. à l’Elysée, par une manifestation nationale réunissant plus de 5 000 Personnes et par un Meeting de Lutte, d’espoir et de Résistance.

Résister ensemble pour ne pas être laminé séparément, tel est notre mot d’ordre !

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