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  • : MJCF, Mouvement des Jeunes Communistes de France, JC seclin, Section du Pévèle Mélantois
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  • : Jc Seclin, Blog des Jeunes Communistes du pévèle et du mélantois. Construire la révolution, quotidiennement! Défendre le service public et gagner de nouveaux droits pour les Jeunes! La diversité dans l'unité ! La réflexion dans l'action ! Pour lutter, pour s'organiser, pour défendre un partage des richesses, des pouvoirs et des savoirs : Rejoins la JC !
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ARCHIVES DE L UNION DE VILLES
Voici désormais en ligne, en libre accès pour nos lecteurs, l'ensemble du matériel militant utilisé depuis la rentrée de septembre 2007.

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5 décembre 2007 3 05 /12 /décembre /2007 23:48
Régimes spéciaux :
l’impasse du réformisme syndical

arton934.jpgLes travailleurs dont les conditions de retraite sont menacées par la réforme des régimes spéciaux ont fait face à un gouvernement implacable. Avec le soutien de la presse capitaliste et de l’industrie audiovisuelle, Sarkozy et Fillon gouvernent à coup de leurres et de mensonges, en manipulant sans vergogne l’opinion publique, en dressant des travailleurs contre d’autres travailleurs, les grévistes contre les « usagers ». Mais dans ce conflit, le gouvernement a surtout bénéficié du concours des directions fédérales et confédérales des syndicats. Il s’est appuyé sur la complicité de ces directions, acquises à la nécessité d’une réforme, pour mettre fin à la grève. 

Aucun militant syndical un peu avisé ne se fera la moindre illusion sur la fiabilité des dirigeants de FO, de la CGC et de la CFTC. Le « dirigeant » de la CFDT, François Chérèque, a été obligé de quitter, sous les huées, la manifestation du 20 novembre, à Paris. Ce personnage fourbe et cynique n’est rien moins qu’un agent conscient de la classe capitaliste dans le mouvement syndical. Il parle et se comporte comme un conseiller du patronat et de l’UMP. Il craint plus que tout les « excès » des travailleurs. S’il se permet de critiquer le patronat et le gouvernement sur tel ou tel détail, ce n’est que pour mieux les servir par la suite. Sa trahison en rappelle d’autres, notamment celle de la lutte contre la réforme des retraites, en 2003. 

Du point de vue du gouvernement et du MEDEF, Chérèque est le dirigeant syndical parfait. Il les conseille sans cesse : « Faire toutes les réformes en même temps, c’est s’exposer à des blocages », déclarait-il récemment. Il expliquait que Sarkozy pourrait appliquer ses réformes avec plus de facilité s’il les espaçait dans le temps. La veille de la journée de mobilisation dans la Fonction publique, Chérèque trouvait « déplorable » la jonction des différents mouvements sociaux. Ceci tend à « politiser » la grève, disait-il, et à coaliser les oppositions au gouvernement de droite. Or, « quand on politise un mouvement social, on facilite la tâche du gouvernement ». Etrange raisonnement ! Alors que, depuis ses origines, le mouvement ouvrier s’est construit sur l’idée que « l’union fait la force », Chérèque découvre qu’il n’en est rien, et que plus les luttes des travailleurs convergent, plus cela profite à leurs adversaires ! 

Heureusement, le poids de la CFDT dans les secteurs concernés par la grève est relativement faible. Par contre, ce qui était d’une importance décisive, dans ce conflit, c’est le comportement de la direction de la CGT, qui est de loin la force syndicale la plus puissante et la plus représentative des salariés. C’est avant tout à la CGT – et chez SUD-Rail – que l’on trouve les syndicalistes les plus militants et les plus dévoués à la cause des travailleurs. Mais force est de constater que si Thibault se garde de s’exprimer dans les mêmes termes que Chérèque, le comportement de la direction confédérale de la CGT n’a pas été fondamentalement différent, dans la pratique, de celui des confédérations plus « modérées ». Le Monde, Le Figaro, Les Echos et de nombreux autres journaux se sont félicités du fait que la direction de la CGT était acquise à la nécessité de la réforme, et que l’opposition de Thibault portait essentiellement sur le « cadrage » de la dévalorisation des retraites, c’est-à-dire sur les questions du calendrier et des « compensations » à la contre-réforme. Ainsi, dans Le Figaro du 5 novembre, Alain-Gérard Slama écrivait : « Il est probable que les grèves prévues les 13 (SNCF), 14 (EDF-GDF), 20 (fonctionnaires et étudiants) et 29 (magistrats et fonctionnaires de justice) novembre prochain, auxquelles pourraient s’ajouter une grève des marins pêcheurs et une reprise de la grève de la RATP, ne fusionneront pas en une grève générale. Les syndicats sont conscients de la nécessité des réformes. […] Resterait la possibilité d’un débordement par leur base… » 

Quelques heures avant le début de la grève, Thibault a fait une concession majeure au gouvernement. Dans le dos des assemblées générales, il a accepté que l’avenir des régimes spéciaux soit négocié « entreprise par entreprise », en présence de représentants du gouvernement. Les grévistes ont appris la nouvelle par les médias. Le gouvernement l’a accueillie avec joie, y voyant – à juste titre – un coup particulièrement rude porté contre la grève. Quel sens pouvait désormais avoir une grève unitaire de tous les travailleurs concernés par la réforme, si les négociations devaient être menées séparément et déboucher sur des « accords » au sein de chaque entreprise ? Le comportement de Thibault, agissant en toute indépendance vis-à-vis de la base, ne pouvait que semer la confusion chez les travailleurs et affaiblir la mobilisation. 

Thibault, comme Chérèque, justifie la « modération » de sa position – et notamment son refus de demander le retrait de la réforme – par l’état de l’opinion publique. Il fallait, d’après lui, en tenir compte. Mais cette idée apparemment « démocratique » est en fait irrecevable du point de vue de la lutte des classes. Quand les médias capitalistes mobilisent l’opinion contre les intérêts des travailleurs, ils sont tout à fait dans leur rôle. Mais les travailleurs qui se battent pour leur droits auraient tort de prêter trop d’attention à l’avis de la « majorité » tel que la présentent les sondages et les élections, précisément parce que, comme le reconnaît Thibault lui-même, « l’opinion publique » est largement façonnée par les moyens de communication à la disposition de la classe capitaliste. Ce n’est pas parce qu’une « majorité des Français » ne comprend ou ne soutient pas une lutte que celle-ci ne doit pas être menée jusqu’au bout. Si, au cours de l’histoire, les syndicats avaient tenu compte de telles « majorités », ils n’existeraient tout simplement pas. Une lutte n’est pas moins juste et moins nécessaire parce qu’elle est minoritaire, et les idées de la « majorité » sont souvent – et même le plus souvent – en contradiction avec ses véritables intérêts. Comme l’expliquait Marx, dans toute société, l’idéologie dominante est généralement celle de la classe dominante. 

Thibault lui-même a une part de responsabilité dans l’attitude de la population envers la politique gouvernementale. Au lieu de mobiliser les travailleurs contre Sarkozy, son attitude tend à les endormir. Lors de la formation du gouvernement, au lendemain des législatives, il a dit très clairement qu’il ne voyait aucune raison d’avoir a priori une opinion négative de ce gouvernement. Il expliquait qu’il ne ferait pas de « procès d’intention » à Sarkozy. Il fallait « attendre pour voir » si les engagements de ce dernier – et quels engagements ! – seraient tenus. Il fallait « juger son action sur pièce ». 

Cette neutralité bienveillante est exactement l’inverse de l’attitude que devait adopter un dirigeant syndical. Elle revenait à dire qu’il n’y avait pas de danger immédiat, que rien ne laissait prévoir des attaques contre les intérêts des travailleurs, et qu’il fallait, en attendant, accorder le bénéfice du doute au nouveau gouvernement. Comme si nous n’avions pas déjà vécu cinq ans d’attaques incessantes contre les travailleurs sous Chirac, Raffarin et de Villepin ! Comme des dizaines d’autres « réformes » rétrogrades, le démantèlement des régimes spéciaux était en préparation depuis longtemps. Au lieu de passer de longs mois à demander des « négociations », en cherchant vainement à éviter une confrontation, il fallait utiliser ce temps pour expliquer inlassablement à l’ensemble des travailleurs qu’un conflit était justement inévitable, que celui-ci risquait d’être long et difficile – la capitulation de Chirac-Juppé n’a été obtenue qu’au bout de six semaines, en 1995 – et qu’il fallait s’y préparer sérieusement sur les plans politique, organisationnel et financier. 

Après tout, Sarkozy ne pouvait pas être plus clair. Il n’avait aucune intention de céder sur l’essentiel de la réforme. A partir de là, la négociation devenait futile. Le seul moyen de vaincre Sarkozy était la lutte, c’est-à-dire une grève sérieusement préparée. En invitant les travailleurs à reconnaître leur défaite et à mettre fin à leur mouvement, Sarkozy a cité Thorez qui, en 1936, a sabordé la grève générale au moment où le nombre de grévistes progressait massivement, et déclarait alors : « Il faut savoir terminer une grève ». Mais la CGT a surtout besoin de dirigeants qui sachent terminer une négociation quand celle-ci ne peut rien apporter de positif. Pouvait-on sérieusement imaginer que des pourparlers avec le gouvernement allaient déboucher sur une amélioration des retraites ? Bien évidemment pas. Alors pourquoi chercher une négociation ? Il fallait exiger le retrait pur et simple de la réforme. On n’engage pas une bataille pendant que les chefs discutent complaisamment avec l’ennemi pour négocier les modalités de la contre-réforme. Toute négociation avec le gouvernement sur les régimes spéciaux ne peut se traduire que par un recul. C’était vrai avant la grève, pendant la grève, et c’est toujours vrai maintenant que la grève est terminée. La grève a été arrêtée sans rien obtenir d’autre qu’un engagement à négocier des « compensations ». 

Compte tenu du pouvoir économique des cheminots et des personnels de la RATP, les grévistes auraient pu – et pourraient encore, si la grève reprenait – être victorieux, obtenir le retrait de la réforme, non par la négociation, mais en appuyant leur botte sur la gorge du gouvernement. Sarkozy ne comprendra pas d’autre langage que celui-là. Sans une reprise du mouvement de grève, les régimes spéciaux seront perdus. En s’entendant avec le gouvernement pour lancer « un mois de discussions » et en annonçant au passage avoir « déjà obtenu des avancées importantes », Thibault a cassé la grève. Cette manœuvre, réalisée sans la moindre concertation avec les assemblées générales, ne pouvait que désorienter les grévistes et isoler les éléments les plus militants. La connivence de Thibault avec le gouvernement plaçait les assemblées devant la perspective de maintenir la grève pendant un mois, avec toutes les difficultés et sacrifices que cela implique – et ce dans le seul but de « maintenir la pression » sur la question des modalités de la dévalorisation de leur retraite. 

Le comportement de Thibault, comme celui des autres directions confédérales, a beaucoup plus profité au gouvernement que le rôle des médias. Sarkozy, Fillon et les ministres savourent le succès de leur stratégie, qui consistait à maintenir un « dialogue » de façade avec Thibault (qui n’en demandait pas davantage), tout en restant implacables face aux grévistes. Ils savent pertinemment que les négociations prévues n’ont pas d’autre objectif que de discuter de la manière dont les régimes spéciaux seront démantelés, tranche par tranche, entreprise par entreprise. « La réforme se fera, a déclaré Sarkozy, parce que la méthode choisie a été celle de la fermeté et du dialogue ». Un membre de son entourage, cité par une dépêche AFP du 23 novembre, s’exclame : « La gestion a été presque parfaite. On ne pouvait pas faire mieux. Neuf jours de grève, c’est le minimum de ce qu’on pouvait craindre ! » 

Et pourtant, dans un dossier publié dans la Nouvelle Vie Ouvière du 23 novembre, Thibault s’efforce de présenter le résultat de la grève comme une victoire importante ! Pour lui, le contentieux avec le gouvernement ne portait pas particulièrement sur la réforme elle-même, mais sur la question des négociations entreprise par entreprise, de sorte que l’acceptation de ce principe par le gouvernement constituait un grand pas en avant : « Le président de la République, dit-il, a donné quinze jours au ministre du Travail pour arrêter les grands principes de la réforme, alors que la CGT – comme les autres organisations syndicales d’ailleurs – a toujours considéré que chacun de ces régimes avait ses propres spécificités. Nous avons milité pour que si des évolutions devaient intervenir dans ces régimes, elles le fassent dans le cadre de négociation par entreprise, sachant que dans les directions d’entreprises publiques, il y a aussi des représentants de l’Etat. Nous nous sommes heurtés à la volonté du gouvernement d’afficher un cadre global à la réforme. Ce qui a provoqué la situation de blocage que l’on sait et la première mobilisation du 18 octobre. » Il explique ensuite que la grève a permis de créer un rapport de force permettant de « faire bouger la situation à l’avantage des salariés ». 

Didier Le Reste, lui, prétend que les assemblées générales, en votant la grève, ne s’opposaient pas vraiment à la réforme elle-même, ni même au prolongement de la période de cotisation : « Je rappelle, dit-il dans le même texte, que les huit fédérations syndicales de la SNCF n’ont jamais demandé le retrait pur et simple de la réforme, mais rappelé leur opposition à "cette" réforme. Et dans les assemblées générales, là non plus, personne n’a demandé le retrait pur et simple de la réforme. Même la question des 37 ans et demi de cotisations ne s’est pas trop posée, sauf à certains endroits et de façon incantatoire. » Et il rajoute : « Je pense que la façon dont nous avons travaillé a été payante. » 

A en croire Thibault et Le Reste, la grève du 18 octobre et la grève illimitée qui a commencé le 13-14 novembre n’avaient pas pour objet la défense des conditions de retraite des travailleurs en question, mais seulement les modalités de la négociation sur l’« évolution » des retraites au détriment de ces mêmes travailleurs ! 

Le besoin de présenter des reculs comme des avancées témoigne de la faillite du réformisme, à notre époque. Le capitalisme est devenu incompatible avec les conquêtes sociales du passé. Se cantonner à des actions tenant compte des « réalités » du capitalisme en déclin, c’est se résigner à la perte de ces conquêtes. L’aveuglement réformiste des dirigeants syndicaux, tout comme celui de leurs homologues « politiques » à la tête du PS, n’apportera plus que de nouvelles déceptions, des défaites et des trahisons. Imprégnés de « pragmatisme », ployant sous la pression idéologique et morale des capitalistes et de l’Etat, qu’ils considèrent non comme l’ennemi de classe mais comme des « partenaires sociaux », les dirigeants réformistes se laissent convaincre de la nécessité des « réformes » concoctées par le MEDEF et l’UMP. Ils entreprennent d’accompagner, de « négocier » cette régression sociale, dans l’espoir d’atténuer leur impact en attendant une « conjoncture » plus favorable. 

Mais la conjoncture ne s’améliorera pas. Le déclin du capitalisme français est irréversible. Contrairement à ce qu’on peut lire dans L’Humanité, son recul sur le marché mondial ne s’explique pas par la chute du dollar, puisqu’il régresse aussi dans la zone euro, et même sur le marché national. La production stagne. Le sous-investissement industriel chronique est tel que le déficit commercial se creuse d’une année sur l’autre, atteignant des niveaux sans précédent. Le déficit de l’Etat est également abyssal. Lorsque la Chine et les Etats-Unis entreront en récession – une perspective inévitable dans les années à venir – le déclin du capitalisme français s’accélérera, sous l’impact de la contraction du marché mondial. Sarkozy et le MEDEF ne peuvent défendre les profits, le pouvoir et les privilèges de leur classe qu’au détriment des travailleurs et de leur famille. Le chômage ne baisse pas (quoiqu’en disent les statistiques officielles, notoirement truquées) et ne peut qu’augmenter dans la période à venir. Le pouvoir d’achat est en net recul. La hausse des prix et des loyers plonge les chômeurs et les salariés les plus mal payés dans la misère. 

Dans ses perspectives, La Riposte a expliqué que le capitalisme ne peut désormais se maintenir qu’en imposant la régression sociale permanente. C’est désormais une réalité palpable. Et cela explique l’instabilité sociale grandissante qui caractérise la situation actuelle, en France. Les grèves, les mobilisations des étudiants, les révoltes dans les banlieues, les manifestations – y compris de la part de juges, d’avocats, de médecins et d’autres catégories traditionnellement acquises à l’ordre établi – ne sont qu’un avant goût de ce que l’avenir nous réserve. 

Face au déclin du capitalisme et à l’avarice patronale, les dirigeants réformistes des syndicats et des partis de gauche ne peuvent que gesticuler impuissamment. Incapables, en « réalistes » confirmés, d’envisager un autre système que le capitalisme, ils sont obligés de tenir compte de ses lois. Au mieux, ils protestent, s’indignent, dénoncent les « injustices » du capitalisme. Au pire, ils deviennent les complices de son œuvre destructrice. 

Les vrais « réalistes » sont les travailleurs et les jeunes qui comprennent la nécessité de rompre avec le capitalisme. Contrairement à ce que pensent – ou feignent de penser – les dirigeants des confédérations syndicales, il n’y pas de solution aux problèmes fondamentaux de notre époque sur la base du capitalisme. Dans le contexte du déclin inexorable du système, une entente « négociée » entre les classes est impossible. Les acquis sociaux sont constamment minés, rongés, détruits. Les attaques momentanément repoussées, au prix de luttes et de sacrifices énormes, se renouvellent à la première occasion. Tel est le cas des régimes spéciaux, dont la destruction a été repoussée par la grève de 1995. Tel est le cas des 35 heures, de la sécurité sociale, du Code du Travail, des services publics et de l’Education nationale. 

Dans ce contexte, la lutte contre la régression sociale doit aller de pair avec la lutte pour transformer les organisations syndicales, pour les armer d’un programme d’action militante et revendicative qui ne se limite pas à des compromis successifs avec les capitalistes et l’Etat. Le caractère « non politique » du syndicalisme est un mythe, un leurre. Au fond, le même problème se pose à la CGT et au PCF. Il faut conjuguer la lutte contre le patronat et le gouvernement avec une explication constante, patiente, pédagogique, appuyée par des faits et des arguments concrets, de la nécessité de mettre fin à la dictature économique des capitalistes. Il faut ouvrir les yeux des travailleurs et de la jeunesse sur la perspective d’une société nouvelle, d’une société socialiste.

 

Bien évidemment, nous ne parlons pas ici du « socialisme » bourgeois des Hollande, Royal et Strauss-Kahn, qui trouve son équivalent syndical chez Mailly et Chérèque. Nous ne parlons pas, non plus, du réformisme « anti-libéral » en vogue dans les milieux dirigeants du PCF, avec son usine à gaz de « bonus » et « crédits moins chers » pour le patronat, avec son économie capitaliste « équitable » et autres notions farfelues. S’il reste sur cette voie, le PCF ira de recul en recul. Nous parlons d’un socialisme – ou d’un communisme, c’est la même chose – qui s’attaque aux fondements du pouvoir des capitalistes, dont la domination est devenue incompatible avec les besoins fondamentaux de la société. 

L’émancipation sociale, économique et politique des travailleurs passe par l’expropriation des capitalistes, c’est-à-dire par la nationalisation des banques, des assurances, de l’industrie et de la grande distribution. Celles-ci doivent être soumises – à la différence des nationalisations passées – au contrôle et à la gestion démocratique des salariés. Le gigantesque potentiel productif de la France, qui alimente les fortunes immenses des capitalistes, devrait appartenir à la collectivité. La richesse nationale est générée par le travail collectif du salariat. Il devrait en avoir la maîtrise. L’économie nationale, placée sous le contrôle collectif et démocratique des travailleurs eux-mêmes, pourra enfin répondre aux besoins de tous. Alors que le capitalisme tire la société vers le bas, le socialisme permettra d’éliminer l’exploitation et les inégalités sociales. Il remplacera l’économie de marché, aveugle, chaotique et destructrice, par une planification démocratique de l’économie par les travailleurs eux-mêmes. Il permettra d’améliorer radicalement les conditions de vie de la masse de la population qui, aujourd’hui, sombre dans la précarité, le chômage et la pauvreté. 

A la place de la République actuelle, corrompue, bureaucratique, indissociablement liée aux intérêts capitalistes, nous avons besoin d’une République socialiste, fondée sur la défense des intérêts et aspirations des travailleurs. Voilà ce que devrait être le programme, l’ambition du mouvement syndical et communiste en France, sachant que sa réalisation se présentera aux peuples de l’Europe et du monde entier comme un exemple, une inspiration, une démonstration concrète de « l’autre monde » auquel ils aspirent, et ne serait que le prélude à la transformation socialiste de la société bien au-delà de nos frontières nationales.

Greg Oxley, PCF Paris
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3 décembre 2007 1 03 /12 /décembre /2007 23:04
Voici la retranscription d'un article de l'Union des Etudiants Communistes de Lille, suite a la journée du lundi 3 décembre.

Les étudiants de Lille toujours debout !

La lutte contre la LRU n'est pas morte, n'en déplaise à certains. L'AG qui s'est tenue à Lille III à partir de 11h a décidé souverainement de reconduire le blocage durant une semaine par un vote en Assemblée Générale et comptage par portails : POUR la reconduction du blocage, 1201  ;  CONTRE la reconduction du blocage, 812. Soit 60 % des étudiants se prononçant POUR la reconduction du blocage comme moyen d'action dans la lutte contre la LRU.

L'administration avait arbitrairement décidé d'un second vote sous son contrôle, et plus sous contrôle de l'AG comme cela était jusqu'à présent le cas. L'AG a donc décidé d'appeler au boycotte de ce scrutin fantoche ! Celui-ci a d'ailleurs réuni moins de participant que le vote souverain et démocratique, donc légitime de l'AG (respectivement 1646 contre 2013).

Dans un communiqué, le Président de l'Université, qui affectionne tout particulièrement les modes de communication "informels" (Internet) mais qui a horriblement peur de la démocratie étudiante et de la confrontation directe via des débats qu'il ne maîtrise pas, déclare

"Il est très dommageable qu'une procédure de vote incontestable n'ait pas été reconnue par tous. J'appelle l'ensemble de la communauté universitaire à trouver rapidement les conditions permettant de sortir de cette situation de crise et d'aller vers la reprise des enseignements. Jean-Claude Dupas, président de l'université."

Bien entendu, nous comprenons que le blocage de l'université embête le président Dupas...c'est vrai que ce blocage nous pénalise tous, que c'est un sacrifice, et qu'il ne tient qu'à Pécresse de faire avancer les choses dans le bon sens : c'est à dire la mise en place d'Etats Généraux de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche après avoir abrogé la LRU.

Mais Dupas ne s'arrête pas là, il appelle "la communauté universitaire" (c'est-à-dire vous, nous, tous ceux qui sont acteurs de l'université) à "trouver les conditions permettant de sortir de cette situation de crise"!!! La bonne blague ! M. Dupas, qui a publiquement pris courageusement position POUR la LRU et qui s'est rangé derrière les positions toutes aussi courageuses du Recteur de l'Académie ( lequel n'a pas hésité à affirmer qu'il avait le pouvoir de rendre caduque une année universitaire, et qu'il serait tenté de le faire si la situation l'exigeait...ambiance... ), nous demande de résoudre la crise! Quand 76 % des étudiants se prononcent CONTRE la LRU, à bulletin secret, lors d'une participation qui rassemble plus de monde qu'aucune élection étudiante (CROUS, élus CA, etc...) n'a jamais connue ; quand ces 76 % se voient dirigés par des rond-de-cuirs qui se moquent comme de l'an 40 de leurs préoccupations et qui n'ont qu'une seule volonté : donner la preuve de leur pouvoir, si minime, si écrasant, si humiliant, si avilissant soit-il ; quand même la communauté des enseignants-chercheurs s'émeut de la situation catastrophique dans laquelle Pécresse veut nous enfermer ; Monseigneur Dupas nous prodigue maints conseils sages et paternalistes, nous prenant encore pour de grands enfants envers qui il faudrait faire plus de pédagogie ( entendez bourage de crâne ).

M. Dupas désire nous donner des leçon sur ce que serait "une procédure de vote incontestable" ... Mais M. Dupas, il est de notre devoir de vous rappeler que le premier vote en AG qui décida du blocage, à main levée, a tacitement été reconnu comme souverain par l'administration, puisque les grévistes ont dès lors pu bloquer les bâtiments, avec l'assentiment de vos Services ! De plus, l'Assemblée Générale a par deux fois accepté d'en passer par les méthodes voulues par l'administration, et qui furent un cuisant revers pour vous, M. le Président ! Faut il vous rappeler une nouvelle fois que vous vous êtes mis plusieurs fois en porte-à-faux vis à vis de la MAJORITE de la communauté universitaire de Lille 3, et que les basses manoeuvres des directeurs d'UFR pour faire lâchement pression sur les étudiants sont en partie de votre responsabilité ! Enfin, ce qui est possible et reconnu ( par notre cher Philippe Rollet, président de Lille 1 ) de faire à Lille 1, à savoir le vote par décompte par portail, est il vraiment impensable que cela se produise à Lille 3 !?! M. Dupas, vous n'avez décidément pas peur des deux poids, deux mesures.

Nous désirons tous "aller vers la reprise des enseignements", mais comprenez bien que cela ne sera pas possible tant que la loi L.R.U. restera en vigueur et sera mise en application avec zèle et soin par vos services, M. Dupas !

Monsieur Dupas, Docteur ès "Démocratie", nous savons que vous resterez toujours à mille lieux des combats courageux, dignes et libres que la jeunesse de ce pays mène, et mènera encore. Nous n'attendons plus rien de vous, plus rien !

Nizan disait : « Nous n'accepterons pas éternellement que le respect accordé au masque des philosophes ne soit finalement profitable qu'au pouvoir des banquiers. » ... c'était dans Les Chiens de garde (1932) ...
Halimi rajoute : « Mais, face à ce que Paul Nizan appelait "les concepts dociles que rangent les caissiers soigneux de la pensée bourgeoise", la lucidité est une forme de résistance. »

Nous ne nous résignerons jamais à devenir vos chiens de garde, Monsieur Dupas ! ...vous qui depuis longtemps n'êtes plus que celui de la classe dominante.


WHOUAF ! WHOUAF ! WHOUAF !

Source : Union des Etudiants Communistes de Lille
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3 décembre 2007 1 03 /12 /décembre /2007 23:00
Voici le communiqué qu'on pouvait lire, ce soir, sur le site de l'université de lille III :
"La situation dans l'université exige plus que jamais un dialogue responsable et constructif. Dans cet esprit, j'appelle enseignants et étudiants à être présents dans leurs UFR, demain mercredi 5 décembre. Ils envisageront les conditions de la poursuite et de la validation du semestre"    Jean-Claude Dupas, président de l'université.

Monsieur Dupas s'assoit sur le vote démocratique de la veille, et propose une journée de mise au point alors que cette semaine est consacrée à la lutte pour l'abrogation de la LRU ! Une fois de plus, Jean Claude Dupas nous montre bien à quel camp il appartient, et ce n'est pas celui des étudiants ! Mais comprennons le, si la LRU reste en vigueur, il aura bientôt tous les pouvoirs entre ses mains. L'appat du pouvoir, ce n'est pas le premier à y céder..

Alors qu'il reconnait tacitement les résultats du vote de l'assemblée générale, son précédent communiqué laisse planer le doute et ne mentionne pas que la fac reste bloquée.
En envoyant tout le monde dans les UFR, son but est simple, créer l'affrontement, faire germer la division, provoquer les bavures ! Les rumeurs annoncent également une intervention policière afin de dévoiler encore plus clairement, si besoin est, que ce monsieur n'en a que faire de la démocratie.

Une grande majorité des étudiants se sont prononcés pour l'abrogation de la LRU, allons nous nous diviser et faire le jeu du président, de la droite et de la Bourgeoisie ? Ou allons nous nous unir afin de décider ensemble des modalités de la continuité de NOTRE lutte ?
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3 décembre 2007 1 03 /12 /décembre /2007 19:41
Le mouvement continue, jusqu'a l'abrogation !

Au bout du suspens !


Le blocage est reconduit..


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2 décembre 2007 7 02 /12 /décembre /2007 20:54

Les annonces se multiplient quant à un effort sans précédent que ferait l’État dans le financement des universités. Alors regardons de près la réalité de cet « engagement ».

 

Premièrement, concernant l’investissement de 5 milliards d’euros sur 5 ans.

 

1. Cet argent vient de la vente de 3 % d’EDF. Ainsi, le gouvernement accélère la privatisation d’EDF pour investir dans l’Université. L’énergie doit au même titre que l’Éducation être un bien public. Dans ces deux domaines, les enjeux pour la société sont bien trop importants pour les soumettre à la loi du marché.

 

2. Sur les 1,8 milliards déjà votés pour cette année, il n’y a pas d’argent « frais » pour les universités : 450 millions sont consacrés à l’augmentation des exonérations d’impôts, 470 financent les retraites des personnels, 329 sont attribués aux programmes de rénovation des bâtiments déjà prévus et 391 s’évaporent dans l’inflation.

 

Deuxièmement, la composition de ces budgets n’amène pas à un meilleur service public d’enseignement supérieur, mais au contraire à renforcer un système à deux vitesses

 

1. Le budget voté cet année est le premier depuis 15 ans sans création de poste. Quel est le sens d’un investissement sans augmentation de l’encadrement ?

 

2. La lettre de mission écrite par Nicolas Sarkozy à Valérie Pécresse explicite que la répartition des moyens doit se faire selon les résultats des établissements. Pour que l’investissement soit efficace et éviter une concurrence destructrice, l’argent public ne devrait-il être scientifiquement, pédagogiquement et territorialement équitablement réparti ?

 

La réalité, c’est que le gouvernement va mettre l’argent public au service de logiques privées et que la LRU va mener à un enseignement supérieur à deux vitesses.

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29 novembre 2007 4 29 /11 /novembre /2007 20:44
Les Jeunes Communistes vous invitent

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Attention : changement de salle, la soirée se déroulera à l'Espace Marx, à Hellemes (métro marbrerie, rue Roger salengro)

Restauration prévue sur place.

Pour toutes informations, 06-30-40-36-87


Visitez la catégorie "Solidarité internationale" de notre blog : ICI
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29 novembre 2007 4 29 /11 /novembre /2007 20:43
 

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Une soirée pour rester débout !

Vendredi 30 novembre 2007 dès 19h.
Espace Marx. 6bis rue Roger Salengro - Hellemmes (métro marbrerie)
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29 novembre 2007 4 29 /11 /novembre /2007 20:35
Jimmy Massey : « J’étais un assassin psychopathe »

par Rosa Miriam Elizalde

9782755700442.jpgPendant près de douze ans, le sergent Jimmy Massey a été un US Marine aux nerfs d’acier et au cœur de pierre. Il a servi en Irak où il a participé à des atrocités, avant d’ouvrir les yeux et de lutter contre la politique belliciste de son pays. Il anime aujourd’hui l’association des vétérans d’Irak contre la guerre. Au Salon du livre de Caracas, où il a présenté son témoignage Cowboys del infierno, il a répondu aux questions de la journaliste cubaine Rosa Miriam Elizalde, de Cubadebate.

« J’ai 32 ans et je suis un assassin psychopathe bien entraîné. Tout ce que je sais faire dans la vie, c’est vendre aux jeunes l’idée de s’enrôler dans les Marines et de tuer. Je suis incapable de conserver un travail. Pour moi, les civils sont des êtres méprisables, des arriérés mentaux, des faibles, un troupeau de brebis. Et moi, je suis le chien de berger. Le déprédateur. Dans l’Armée, on m’appelait « Jimmy le Requin ».


Ceci est le deuxième paragraphe du livre écrit il y a trois ans par Jimmy Massey avec l’aide de la journaliste Natasha Saulnier. Kill ! Kill ! Kill ! a été présenté au Salon du livre de Caracas ; il s’agit du témoignage le plus violent jamais écrit par un ex-membre du corps des marines, arrivé en Irak avec les troupes d’invasion en 2003. Il a décidé de raconter aussi souvent qu’il le faudra comment il a pu jouer pendant douze ans le rôle d’un Marine impitoyable et pourquoi cette guerre l’a changé.
 

Jimmy a participé au principal débat du Salon du livre, dont le titre était pour le moins polémique : « Une révolution est-elle possible aux États-Unis ? », et son témoignage est sans doute celui qui a le plus impressionné le public. Il a les cheveux courts (coupe militaire), des lunettes noires, une démarche martiale et les bras couverts de tatouages. Il a l’air, très exactement, de ce qu’il était : un Marine. Quand il parle, c’est autre chose : il est profondément marqué par une expérience hallucinante qu’il voudrait épargner à d’autres jeunes gens naïfs. Comme il le dit dans son livre, il n’est pas le seul à avoir tué en Irak : l’exercice était quotidien pour ses compagnons aussi. Quatre ans après avoir quitté le théâtre des opérations, ses cauchemars le poursuivent encore.

Rosa Miriam Elizalde : Que signifient tous ces tatouages ?

Jimmy Massey : J’en ai beaucoup. Je me les suis fait faire à l’armée. Sur la main (il montre la zone comprise entre le pouce et l’annulaire), le symbole de Blackwater, une armée de mercenaires qui s’est constituée là où je suis né, en Caroline du Nord. Je me le suis fait faire par esprit de contestation, parce qu’il est interdit aux Marines de se tatouer les poignets et les mains. Un jour, avec les membres de mon peloton, on s’est tous saoulés et on s’est tous fait faire le même tatouage : un cow-boy aux yeux injectés de sang sur plusieurs as, l’image de la mort. Oui, cela veut dire exactement ce que tu penses : « tu as tué quelqu’un ». Sur le bras droit, le symbole des marines, le drapeau des États-Unis et celui du Texas, où je me suis enrôlé. Sur la poitrine, du côté gauche, un dragon chinois qui déchire la peau et signifie que la douleur est la faiblesse qui s’échappe du corps. Ce qui ne nous tue pas nous rend plus forts.

Rosa Miriam Elizalde : Pourquoi dites-vous avoir trouvé chez les Marines les les pires individus que vous ayez jamais rencontrées ?

Jimmy Massey : Les États-Unis utilisent leurs Marines de deux façons : soit dans l’humanitaire, soit pour assassiner. J’ai passé douze ans dans le Corps des Marines des États-Unis et je ne suis jamais parti en mission humanitaire.

Rosa Miriam Elizalde : Avant de partir pour l’Irak, vous recrutiez des jeunes pour l’armée ? Qu’est-ce que cela représente d’être recruteur aux États-Unis ?

Jimmy Massey : Pour recruter il faut mentir. L’administration Bush a forcé la jeunesse étasunienne à s’enrôler dans l’armée. De quelle manière ? En usant d’un procédé qui était aussi le mien : des offres économiques. En trois ans, j’en ai recruté soixante-quatorze, aucun ne m’a dit qu’il voulait entrer dans l’armée pour défendre son pays, aucun n’avait de motivation d’ordre patriotique. Ils voulaient de l’argent pour entrer à l’Université ou pour avoir une couverture de santé. Je commençais par leur parler de tous ces avantages, et seulement à la fin, je leur faisais valoir qu’ils allaient servir la cause de la patrie. Jamais je n’ai pu recruter un seul fils de riche. Pour garder son travail quand on est recruteur, il ne faut pas s’embarrasser de scrupules.

Rosa Miriam Elizalde : Le Pentagone a revu à la baisse les conditions requises pour entrer dans l’armée. Qu’est-ce que cela signifie ?

Jimmy Massey : Les standards du recrutement ont beaucoup baissé, parce que presque personne ne veut s’enrôler. Avoir des problèmes de santé mentale ou un casier judiciaire ne constitue plus un obstacle. Des personnes ayant commis des actes qui leur ont valu plus d’un an de prison, des délits considérés comme sérieux, peuvent entrer dans l’armée, de même que des jeunes qui n’ont pas fini leurs études secondaires. S’ils réussissent le test mental, ils sont admis.

Rosa Miriam Elizalde : Vous avez changé après la guerre, mais quels étaient vos sentiments avant ?

Jimmy Massey : J’étais un troufion quelconque, qui gobait tout ce qu’on lui disait. C’est quand je suis devenu recruteur que j’ai commencé à ressentir un malaise : il fallait tout le temps que je mente.

Rosa Miriam Elizalde : Pourtant, vous étiez convaincu que votre pays s’engageait dans une guerre juste contre l’Irak.

Jimmy Massey : Oui, les rapports que nous recevions indiquaient que Saddam possédait des armes de destruction massive. Ce n’est que plus tard que nous avons appris que c’était pur mensonge.

Rosa Miriam Elizalde : Quand l’avez-vous appris ?

Jimmy Massey : En Irak, où je suis arrivé en mars 2003. Mon peloton a été envoyé sur les lieux qui avaient été ceux de l’armée irakienne, et nous y avons trouvé des milliers et des milliers de munitions dans des caisses étiquetées aux États-Unis : elles s’y trouvaient depuis que les États-Unis avaient décidé de soutenir le gouvernement de Saddam dans sa guerre contre l’Iran.
J’ai vu des caisses avec le drapeau nord-américain et même des chars nord-américains. Mes Marines —j’étais sergent de catégorie E6, un grade supérieur à celui de simple sergent, et je commandais 45 Marines—, mes hommes me demandaient pourquoi il y avait des munitions des États-Unis en Irak. Ils ne comprenaient pas. Les rapports de la CIA nous avaient convaincus que Salmon Pac était un camp de terroristes et que nous allions trouver des armes chimiques et biologiques. Or, nous n’avons rien trouvé de tout ça. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à soupçonner que le contenu de notre mission était le pétrole.

Rosa Miriam Elizalde : Les passages les plus terribles de votre livre sont ceux où vous reconnaissez que vous êtes alors un assassin psychopathe. Pouvez-vous expliquer pourquoi vous le dites ?

Jimmy Massey : Je suis devenu un assassin psychopathe parce que j’ai été entraîné à tuer. Je ne suis pas né avec cette mentalité. C’est le Corps d’infanterie de Marine qui a fait de moi un gangster au service des grandes multinationales étasuniennes, un vulgaire délinquant. J’ai été entraîné pour exécuter aveuglément les ordres du président des États-Unis et rapporter au pays ce qu’il avait demandé, hors de toute espèce de considération morale. J’étais un psychopathe parce que j’ai appris à tirer d’abord et à interroger après, comme un malade et non comme un soldat professionnel qui ne doit affronter qu’un autre soldat. Or, s’il fallait tuer des femmes et des enfants, nous le faisions. Par conséquent nous n’étions plus des soldats, mais des mercenaires.

Rosa Miriam Elizalde : Comment êtes-vous parvenu à cette conclusion ?

Jimmy Massey : À la suite de plusieurs expériences. Notre travail consistait à entrer dans des quartiers urbains déterminés et à nous occuper de la sécurité des routes. Il y a eu un incident, parmi tant d’autres, qui m’a mis au bord du précipice : une voiture qui transportait des civils irakiens. Tous les rapports des services secrets qui nous tombaient entre les mains disaient que les voitures étaient chargées de bombes et d’explosifs. Nous ne recevions pas d’autre information. Les voitures arrivaient et nous tirions quelques salves d’avertissement ; si elles ne ralentissaient pas pour rouler à la vitesse que nous indiquions, nous tirions sans hésiter.

Rosa Miriam Elizalde : Avec des mitraillettes ?

Jimmy Massey : Oui, et nous attendions des explosions puisque les véhicules étaient criblés de balles. Il n’y a jamais eu d’explosion. Après, on ouvrait la voiture, et que trouvait-on ? Des morts et des blessés, mais pas une seule arme, aucune propagande d’Al Qaeda, rien. Des civils arrivés au mauvais endroit et au mauvais moment.

Rosa Miriam Elizalde : Vous racontez aussi que votre peloton a mitraillé une manifestation pacifique. Comment cela s’est-il passé ?

Jimmy Massey : C’était aux abords du complexe militaire de Rasheed, au sud de Bagdad, près du Tigre. Il y avait des manifestants au bout de la rue. C’étaient des jeunes, et ils n’avaient pas d’armes. Nous avons avancé et nous avons vu un char stationné sur un côté de la rue. Le conducteur du char nous a dit qu’il s’agissait de manifestants pacifiques. Si les Irakiens avaient voulu faire quelque chose, ils auraient pu faire sauter le char, mais ils ne l’ont pas fait. Nous étions tranquilles, nous pensions : « s ‘ils avaient eu envie de tirer, ils l’auraient déjà fait ». Ils étaient à environ deux cents mètres...

Rosa Miriam Elizalde : Et qui a donné l’ordre de mitrailler les manifestants ?

Jimmy Massey : Le haut commandement nous a indiqué de ne pas perdre de vue les civils, parce que pas mal de feddayins de la Garde républicaine retiraient leur uniforme et s’habillaient en civil pour lancer des attaques terroristes contre les soldats étasuniens. Les rapports de renseignement étaient connus de chacun des membres de la chaîne de commandement. Tous les Marines avaient une idée très claire de la structure de la chaîne de commandement organisée en Irak. Je crois que l’ordre de tirer provenait des hauts fonctionnaires de l’Administration, tant des centres de renseignement militaire que gouvernemental.

Rosa Miriam Elizalde : Qu’avez-vous fait ?

Jimmy Massey : J’ai regagné mon véhicule, un humvee (une jeep fortement équipée) et j’ai senti passer une balle au-dessus de ma tête. Les Marines ont commencé à tirer et moi aussi. Il n’y a pas eu de riposte de la part des manifestants. J’avais tiré douze fois, et pas une riposte… J’ai voulu m’assurer que nous avions tué selon les normes de combat de la Convention de Genève et les procédés réglementaires des opérations. J’ai essayé d’oublier leurs visages et je me suis mis à chercher leurs armes, mais il n’y en avait pas une seule.

Rosa Miriam Elizalde : Comment ont réagi vos supérieurs ?

Jimmy Massey : Ils m’ont dit : « Ça arrive de merder ».

Rosa Miriam Elizalde : Quand vos camarades ont appris qu’ils avaient été trompés, comment ont-ils réagi ?

Jimmy Massey : J’étais chef en second. Mes Marines me demandaient pourquoi on tuait tant de civils. « Tu ne peux pas parler au lieutenant ? » me disaient-ils. « Dis-leur qu’il nous faut un matériel adapté ». La réponse a été : « Non ! » Quand mes Marines se sont rendus compte qu’il s’agissait d’un grand mensonge, ils sont devenus comme fous.
Notre première mission en Irak n’avait pas pour objectif d’apporter une aide alimentaire, comme le disaient pourtant les médias, mais d’assurer le contrôle des exploitations pétrolières de Bassora. Dans la ville de Karbala nous avons utilisé notre artillerie vingt-quatre heures d’affilée. C’est la première ville que nous avons attaquée. Moi, je croyais que nous devions apporter de l’aide médicale et alimentaire à la population. Non. Nous avons suivi notre chemin jusqu’aux exploitations pétrolières. Avant l’Irak, nous étions allés au Koweït.

Nous sommes arrivés en janvier 2003. Nos véhicules étaient pleins de vivres et de médicaments. J’ai demandé au lieutenant ce que nous allions en faire, parce qu’avec tout ce matériel à bord il n’y avait presque plus de place pour nous. Il m’a répondu que son capitaine lui avait donné l’ordre de tout laisser au Koweït. Peu après, nous avons été chargés de tout brûler : toutes les vivres et tout le matériel médical humanitaire.

Rosa Miriam Elizalde : Vous avez aussi dénoncé l’usage d’uranium appauvri...

Jimmy Massey : J’ai 35 ans et ma capacité pulmonaire a été réduite de 20 %. Selon les médecins, je souffre d’une maladie dégénérative de la colonne vertébrale qui s’accompagne de fatigue chronique et de douleurs dans les tendons. Autrefois, je courais tous les jours dix kilomètres pour le plaisir, et maintenant j’arrive tout juste à marcher sur cinq ou six kilomètres. J’ai même peur d’avoir des enfants. J’ai des inflammations du visage. Regarde cette photo (il me montre celle qui apparaît sur son badge du Salon du livre), elle a été prise peu après mon retour d’Irak. Je ressemble à une créature de Frankenstein et cela, je le dois à l’uranium appauvri. Imagine un peu ce que les Irakiens ont dû endurer...

Rosa Miriam Elizalde : Que s’est-il passé à votre retour aux États-Unis ?

Jimmy Massey : Je passais pour un fou, un lâche, un traître.

Rosa Miriam Elizalde : Vos supérieurs disent que tout ce que vous dites n’est que mensonge.

Jimmy Massey : Mais les preuves contre eux sont accablantes. L’armée nord-américaine est épuisée. Plus cette guerre durera, plus ma vérité aura de chances de se faire jour.

Rosa Miriam Elizalde : Le livre que vous avez présenté au Venezuela existe en espagnol et en français. Pourquoi n’a–t-il pas été publié aux États-Unis ?

Jimmy Massey : Les éditeurs ont exigé que les noms des personnes impliquées soient retirés et que la guerre en Irak soit présentée dans une sorte de brouillard, de manière moins crûe. Or, je n’y suis pas disposé. Des maisons d’édition comme New Press, censées être de gauche, ont refusé de me publier de crainte des poursuites judiciaires, les gens concernés par le livre pouvant porter plainte.

Rosa Miriam Elizalde : Pourquoi des médias comme le New York Times et le Washington Post ne reproduisent-ils pas votre témoignage ?

Jimmy Massey : Je ne répétais pas l’histoire officielle, selon laquelle les troupes étaient en Irak pour aider le peuple, je ne disais pas non plus que les civils meurent accidentellement. Je refuse de le dire. Je n’ai jamais vu de tir accidentel contre des Irakiens et je refuse de mentir.

Rosa Miriam Elizalde : Cette attitude a-t-elle changé ?

Jimmy Massey : Non, ils ont ouvert leurs pages à l’objection de conscience : les opinions et les livres de personnes qui sont contre la guerre mais qui n’ont pas vécu ce genre d’expérience. Ils ne veulent toujours pas regarder la réalité en face.

Rosa Miriam Elizalde : Avez-vous des photographies ou d’autres documents qui prouvent ce que vous racontez ?

Jimmy Massey : Non. Tout ce qui m’appartenait m’a été retiré quand j’ai reçu l’ordre de rentrer aux États-Unis. Je suis revenu d’Irak avec deux armes : ma tête et un couteau.

Rosa Miriam Elizalde : Y a-t-il une issue à la guerre, à court terme ?

Jimmy Massey : Non, ce que je constate, c’est que républicains et démocrates sont d’accord sur cette politique. La guerre est une grande affaire pour les deux partis, qui dépendent du complexe militaro-industriel. Il nous faudrait un troisième parti.

Rosa Miriam Elizalde : Lequel ?

Jimmy Massey : Celui du socialisme.

Rosa Miriam Elizalde : Vous avez participé à un débat qui s’intitulait : « États-Unis : la révolution est possible ». Y croyez-vous vraiment ?

Jimmy Massey : Elle a commencé. Dans le Sud, où je suis né.

Rosa Miriam Elizalde : Mais le Sud est, traditionnellement, la région la plus conservatrice du pays.

Jimmy Massey : Après l’ouragan Katrina, les choses ont changé. La Nouvelle-Orléans ressemble à Bagdad. Les gens du Sud s’indignent et se demandent tous les jours comment il est possible qu’on investisse des fortunes dans une guerre inutile à Bagdad et qu’on ait pas un sou pour la Nouvelle Orléans. Rappelez-vous que c’est dans le Sud qu’a commencé la plus grande rébellion du pays

Rosa Miriam Elizalde : Iriez-vous à Cuba ?

Jimmy Massey : J’ai beaucoup d’admiration pour Fidel Castro et pour le peuple de Cuba. Si je suis invité, bien sûr que j’irai. Je me fiche de ce que dit mon gouvernement. Personne ne décide où je peux ou ne peux pas aller.

Rosa Miriam Elizalde : Savez-vous que le symbole du mépris impérial envers notre nation est une photographie de Marines en train d’uriner sur la statue de José Marti, le Héros de notre indépendance ?

Jimmy Massey : Bien sûr. Lorsque j’étais au Corps des Marines on nous parlait de Cuba comme s’il s’agissait d’une colonie des États-Unis et on nous enseignait un peu d’histoire. Un Marine est censé apprendre des choses sur le pays qu’il va envahir, comme dit la chanson…

Rosa Miriam Elizalde : La chanson des Marines ?

Jimmy Massey : (Il chante) « From the halls of Montezuma, to the shores of Tripoli… » (Depuis les salons de Montezuma jusqu’aux plages de Tripoli...)

Rosa Miriam Elizalde : Autrement dit, le monde entier...

Jimmy Massey : Le rêve est effectivement de dominer le monde... même si pour le réaliser nous devons tous devenir des assassins.

Source : http://www.voltairenet.org/article153248.html
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29 novembre 2007 4 29 /11 /novembre /2007 20:32
Voici la déclaration de l'Union des Etudiants Communistes de Lille suite à la décision de l'UNEF d'appeller à la levé des blocages. 

La grève est juste !

L'Union des Etudiants Communistes de Lille prend acte de la décision des adhérents de l'Union Nationale des Etudiants de France. Nous l'acceptons même si nous avons du mal à la comprendre.

Vous pouvez consulter les résultats complets sur la page suivante : (ici)

Nous estimons que les "avancées" sont réellement trop minimes pour permettre un arrêt de la mobilisation, car les points conduisant à une destruction de l'Université publique n'ont pas été revus.

En conséquence, malgré les difficultés, l'Union des Etudiants Communistes de Lille, dénonçant et les provocations policières et les manoeuvres ultra-gauchistes qui détournent le mouvement de sa vocation première, appelle à continuer le mouvement pour l'abrogation de la LRU. Et en premier lieu à participer massivement aux Assemblées Générales qui se dérouleront Lundi 3 Décembre : 11h à Lille III (bât B) ; 13h à Lille I ( Halle Vallin) ; Lille II (à voir).

Nous restons à la disposition de tous les étudiants désireux de lutter pour une Université démocratique dans une France nouvelle !

Retrouvez le blog de l'Union des Etudiants Communistes ici 
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27 novembre 2007 2 27 /11 /novembre /2007 23:41
Sarkozy ta LRU, ça s'réglera dans la rue !

Coté rue

arton187.jpgCe mardi 27 a été marqué par une nouvelle journée d’information, d’actions et de manifestations partout en France pour l’abrogation de la LRU. Et fait nouveau, depuis quelques jours la mobilisation des enseignants-chercheurs s’amplifie avec des AG dans nombre d’universités. Quant aux lycées, le mouvement continue de s’étendre partout en France.

Les premiers chiffres des manifestations que nous avons sont encourageants : 6 000 étudiants et lycéens à Lille, 5 000 à Paris, 3 000 à Rennes, 3 000 à Toulouse, 3 000 à Nantes, 2 000 à Lyon, 2 000 à Saint Etienne, 2 000 à Bordeaux, 2 000 à Rouen, 1 500 à Marseille...

Le cortège lillois était aujourd'hui le plus massif de France, preuve que la mobilisation dans le nord ne faiblit pas et continue de grandir. 

Coté salon

20070620.FIG000000018-32374-1.jpgRien de nouveau ne ressort de la négociation du jour avec Valérie Pécresse.

L’augmentation de la dépense publique par étudiant avait déjà été annoncée de longue date et confirmée hier. Mais, pour Nicolas Sarkozy, les moyens devront être répartis aux résultats : mettez de l’essence dans un moteur inégalitaire et vous obtiendrez toujours plus d’inégalités !

Quant aux autres annonces - diplômes reconnus nationalement, pas sélection à l’entrée de l’université, pas d’augmentation des frais d’inscription, réussite en licence - ce ne sont que des promesses réitérées sans élément concret face à une loi qui elle est bien réelle et qui va mener à un enseignement supérieur à deux vitesses.

Pour toutes ces raisons, nous appellons à amplifier la mobilisation pour l’abrogation de la LRU et à participer en ce sens à la journée de manifestation du jeudi 29 novembre.


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